Hoquet persistant : un délire du corps .... et de médecins?

A lire jusqu'à la fin pour toutes les personnes, patients et encore plus médecins, confrontées à ce type de hoquet. Notamment les passages sur le médicament : autant que vous évitiez de vous faire du mal, ou d'en faire si vous êtes médecin.

Je raconte cette histoire au rythme où je l'ai vécu, celui d'un patient désemparé, et avec les quelques informations médicales que j'ai glanées. Je raconte ceci avec toute l'ignorance, la mienne en premier lieu, mais aussi celle du corps médial, qui entoure cette affection. Je n'ai aucune solution miracle ; je présente juste à la fin quelques pistes qui m'ont paru plus intéressantes, même si je n'ai pas eu l'occasion de les tester.

Pour les amateurs de bande dessinée, il en est aussi question dans ce billet.

Je serai reconnaissant à tous les médecins ou scientifiques, ou patients passionnés par ce sujet de m'apporter tout éclaircissement utile sur le sujet du hoquet persistant.

Qu'est ce que le hoquet persistant ?

J'ai eu l'occasion de découvrir le hoquet persistant. Qui s'est arrêté chez moi heureusement depuis.

Je ne connaissais pas du tout ce phénomène auparavant. Il y a largement pire comme sensation ou comme situation, mais je ne vous le souhaite quand même pas.

Le hoquet persistant est un hoquet qui persiste plus de 48 h. Très concrètement, je l'ai eu pendant 3 jours d'affilée, mais avec des interruptions nocturnes, puis une nuit entière entre le quatrième et le cinquième jour, puis le cinquième jour et en début de nuit suivante ... pour me réveiller le lendemain matin épuisé avec un hoquet disparu ; donc techniquement j'ai eu un ... presque hoquet persistant.

Tout le monde ou presque connaît le hoquet. Physiologiquement c'est une contraction du diaphragme (le muscle qui sépare le bas de nos poumons et le ventre), possiblement d'autres muscles respiratoires autour .. mais c'est difficile de s'en rendre compte sur le moment, et de savoir exactement ce qui se contracte.

Le site suivant https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3114690/ indique : " Les hoquets sont des contractions des muscles du diaphragme et une fermeture prématurée de la glotte mettant fin à l’inspiration. Ils sont involontaires et spasmodiques et impliquent souvent des contractions des muscles intercostaux. "

Précisions : le hoquet persistant est fatigant. Par moments, quand je tombais littéralement de sommeil, cela produisait un phénomène étonnant. Comme un début de hoquet, mais sans fermeture de la glotte ni aucune autre réaction au niveau de la gorge ; à ces moments les contractions du diaphragme étaient très rapides et très rapprochées, avec une sensation étrange de hoquet "pas fini", juste au moment de tomber de sommeil, et qui me réveillaient systématiquement ; la rapidité évoquait un rythme de mitraillette, avec tout l'intérieur du ventre qui semblait pris de spasme, jusqu'à ce que je sente à nouveau une réaction au niveau de la gorge. Le hoquet se calmait enfin ensuite, avec rythme plus classique. La sensation est très déplaisante, et la fatigue, et/ou l'inquiétude, s'accroît beaucoup dans ces moments.

Pour les connaisseurs de bande dessinée, plus ou moins de ma génération, qui ont lu "Idées noires" de Franquin, et pour les gens égrillards que je connais parmi mes lecteurs - lectrices, cela me rappelait l'histoire de "Carlos", le manieur de marteau-piqueur ... car ces nuits là, celles avec beaucoup de hoquet, je dormais seul, et de toutes façons ma compagne n'aurait pas pu dormir à mes côtés, ni donc profiter un tant soit peu de cette agitation très désordonnée. Si vous ne les connaissez pas, je vous laisse découvrir ces planches d'humour noir, par Franquin, vous comprendrez mieux cette allusion.

Quels sont les traitements prescrits pour le hoquet persistant ?

Que proposent les médecins ?

Dans mon cas, le hoquet avait débuté au milieu d'une maladie hivernale, quelque chose entre le rhume et la grippe, avec de la fièvre pendant 2 jours, et beaucoup de toux. Il est donc possible que ce soit la toux, ou des irritations liées à cette infection qui aient déclenché le hoquet.

Trois médicaments m'ont été prescrits :

  • un sirop pour la toux
  • un produit pour nettoyer le nez
  • de l'haldol.

L'haldol est, à doses normales, un antipsychotique (il est donné aux patients avec des délires pour les calmer), qui est aussi prescrit à très faibles doses pour les gens atteints de hoquet persistant.

Dangers possibles liés à l'haldol

Je n'ai pas voulu prendre ce médicament, et je vous incite aussi à être très prudent, à cause des très nombreux effets secondaires décrits pour cette spécialité pharmaceutique. Je me suis rappelé à temps qu'il a été accusé d'augmenter énormément la mortalité chez les patients qui en prennent à doses habituelles. C'est décrit ici : https://www.docbuzz.fr/2012/03/03/123-lhaloperidol-haldol-un-antipsychotique-ne-doit-plus-etre-prescrit-chez-les-patients-dements/

J'avais déjà rappelé cette surmortalité dans un billet sur les maladies d'Alzheimer et de Parkinson : Alzheimer, parkinson, ... aussi !

Le risque de décès pour les patients sous haldol était multiplié par deux par rapport à ceux prenant le traitement le plus prescrit. Cet autre médicament, le plus prescrit, augmentait déjà les décès par rapport à d'autres traitements. Et comme il n'y avait pas de comparaisons par rapport à des gens non traités, on ne sait pas si la mortalité liée au médicament le moins dangereux était ou non augmentée.

Bref, à doses habituelles, ce truc, l'haldol, est largement mortel, au moins chez les personnes âgées.

Et à faibles doses, comme c'est le cas pour le hoquet ? Je crains que personne n'en sache strictement rien, et que si jamais des effets secondaires étaient présents, la mortalité liée serait largement ignorée par les médecins.

Pourquoi ?  Dans mon cas, le hoquet semble avoir été déclenché par un épisode toux - fièvre.

Imaginons qu'une personne ait une grippe* costaud, qui provoque les mêmes symptômes, dont un hoquet persistant. De l'haldol lui est prescrit. Le but de ce médicament est en langage courant de "calmer les nerfs". Mais il est possible (c'est une hypothèse), au vu de la surmortalité constatée, qu'il y ait une atteinte du système nerveux végétatif, et de ses fonctions de régulation corporelle, tout ce qui nous permet, sans en avoir conscience, de réguler les battements cardiaques, le rythme respiratoire, la température du corps, etc. et qui est une des bases de notre survie. L'étude portait sur des patients âgés. C'est peut être moins impactant chez les patients "plus jeunes" comme moi, mais je crois surtout que personne n'en sait rien. Donc si cette personne décède, on risque d'avoir tendance à mettre ça sur le dos, dans cet exemple, de la grippe.

Revenons au hoquet : il peut être aussi déclenché par des atteintes corporelles diverses (depuis des troubles mineurs jusqu'à un patient en phase terminale de cancer gastrique, et certainement d'autres causes méconnues) qui touchent le diaphragme, ou le nerf phrénique (le nerf qui commande le diaphragme), ou encore le nerf vagal. La mort d'une personne dans ce cas de figure pourra être prise comme une conséquence de son souci de santé premier, et pas du tout comme étant liée à un médicament, même si c'est le cas. D'autant que, et ça la plupart des médecins connaisseurs du système l'affirment, la pharmacovigilance (la surveillance des effets des médicaments une fois qu'ils ont été autorisés) est très largement déficitaire, dans le monde et spécialement en France. Des effets secondaires massifs peuvent passer inaperçus.

Ce médicament était d'autant plus effrayant à mes yeux que la mortalité induite est rapide : " L’effet négatif mis en évidence avec l’halopéridol (= haldol) était particulièrement prononcé au cours des 40 premiers jours d’utilisation avec un excès de mortalité encore plus important (x 2,34), qui se réduisait par la suite mais restait toujours entre +32% et +46% supérieur à la rispéridone."

Le hoquet persistant est très déstabilisant pour soi et pour l'entourage, il est normal de vouloir se traiter et de vouloir être soulagé. Il est normal que le médecin veuille soulager son patient dans ces moments là. Mais attention de ne pas faire plus de mal que de bien. Pour les médecins qui liront ces lignes, un seul mot d'ordre ... Primum non nocere. "En premier lieu, ne pas nuire".

Sauf à trouver des sources sûres (avec les résultats d'études non traitées par le sponsor, mais de façon indépendante, ce qui devrait être le cas pour toute étude publiée) qui montrent que ce type de molécule n'a pas d'effet secondaire aux doses données pour le hoquet, abstenez vous de prescrire ça !

Mais dans ce cas, que faire pour soulager le hoquet persistant ?

Autres solutions possibles

Mon hoquet s'est arrêté en même temps que ma toux a diminué. Mais si cela avait continué ? Quelles sont les pistes possibles ?

- je serai aller consulter un gastro-entérologue, et peut être un médecin ORL, pour trouver une source potentielle d'irritation du nerf phrénique dans le tube digestif ou dans la partie nez - gorge. l'idée à retenir est de chercher immédiatement, sans attendre, la cause première du hoquet persistant plutôt que de se lancer dans des médications suspectes ;

- parmi les diverses méthodes dites de grand mère qui sont souvent conseillées pour le hoquet classique, lesquelles fonctionnent ? Aucune à long terme je pense pour le hoquet persistant. Une seule m'a procuré un soulagement temporaire : boire un verre d'eau d'un seul trait (ou plutôt essayer de le boire d'un seul trait, pas évident) la tête à l'envers (penché en avant, le haut de la tête vers le bas, le verre est en fait posé sur la lèvre supérieure). Le Hoquet s'est arrêté pendant une heure, mais a malheureusement repris lors d'une quinte de toux virulente, et cette méthode n'a plus fonctionné ensuite. Je remercie tout de même Elsa, qui se reconnaîtra, de me l'avoir indiquée : cette heure gagnée m'a fait beaucoup de bien.

- parmi les médecines étrangères : il existe une méthode, qui je crois est issue de la médecine manuelle japonaise, de "pincement" de la région du passage du nerf phrénique à la base du cou (source : M. Henry Plée, Kuatsu & Seifuku dans "les points de vie"). Mais l'endroit exact n'est pas facile à trouver, et cela n'avait pas fonctionné quelques années auparavant pour moi pour un hoquet classique. Je n'ai donc pas retenté l'expérience. Je signale ceci à toutes fins utiles pour les médecins, kinésithérapeutes, ostéopathes, ... qui voudraient creuser cet aspect.

- je serai surtout allé voir un kinésithérapeute ostéopathe, et/ou mézièriste, pour tenter de me décontracter les parties du corps concernées. Je n'ai pas pu le tenter, mais c'est ce que je vous encourage à faire ;

- pour les médicaments, signalez à votre médecin qu'il existe ce récapitulatif, un peu ancien (2011), au sein duquel je vous invite à trier, et surtout à éviter les antipsychotiques pourtant mis en avant, ainsi qu'à vérifier les effets secondaires potentiels pour tous les autres : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3114690/

Attention il est signalé que l'haldol n'a pas d'effet secondaire, mais comme c'est écrit plus haut dans ce billet, il vaut mieux se méfier de cette assertion. Si vous êtes concernés par un hoquet persistant, fournissez cet article à votre médecin en lui demandant bien de vérifier les effets secondaires avant de vous prescrire un des médicaments cités dans l'article, qui est un peu ancien.

Dans les cas où le hoquet est lié à une hernie hiatale, la prescription classique est un IPP (Inhibiteur de la pompe à Protons). Attention, et oui encore, ce type de médicament, qui peut être nécessaire et soulageant, au moins pour les remontées acides, pendant un bref délai, peut provoquer des effets secondaires lourds à très lourds sur du long terme, comme c'est expliqué par exemple ici, dans la seconde partie du document : https://www.cholesterol-statine.fr/les-inhibiteurs-pompe-proton

Conclusion

C'est une maladie déroutante, fatigante. L'envie de soulager ces secousses est très forte, de la part des médecins, et aussi de la part de l'entourage, inquiet de cette situation spectaculaire, et bien sûr de la part du patient, qui n'en peut plus, par exemple quand cela fait passer une nuit blanche. Pourtant, les dangers liés aux médicaments proposés peuvent être plus forts que le soulagement visé. Et surtout, l'ignorance paraît totale à ce sujet. L'idéal, quand cela est possible, dès qu'un hoquet devient un peu long (plus d'une heure ou deux) serait d'en chercher tout de suite la cause avec un gastro-entérologue. D'autres méthodes décrites peuvent avoir un effet positif aussi, mais je n'ai pas eu l'occasion de les tester.

* Pour la grippe, et le vaccin contre la grippe, décidément non efficace, je vous encourage à lire attentivement ce billet et les liens donnés : Grippe : vaccin, pas vaccin ? Bis

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