Glutamine : bienfait, ou à fuir ?

Ce billet comporte quelques réponses, et beaucoup de questions.

La Glutamine fait l'objet, en tant que complément alimentaire, de très nombreuses affirmations dans la presse papier ou sur le net.

La Glutamine a bonne presse dans le monde du sport, du fitness, de la muscu. Dans le monde des médecines alternatives aussi. Cette substance est connue pour nourrir les entérocytes. Ce sont les cellules dominantes de la barrière intestinale. Donc parmi les personnes qui pratiquent, comme moi Mon parcours, l'alimentation "Seignalet", plusieurs patients ce type de complément, pour accélérer la restauration de l'intestin, en plus de la méthode alimentaire cf. Alimentations qui marchent, qui reste prioritaire.

Qu'est ce que la glutamine ? Un acide aminé "non essentiel" c'est à dire qu'il est apporté par l'alimentation, dans les protéines, mais que le corps a aussi la capacité de le produire. Le Dr Jean Paul Curtay, dans son ouvrage - "Nutrithérapie" - 2006 - Testez éditions -, la décrit comme source d'énergie des entérocytes, et des lymphocytes (cellules du système immunitaire).

Un acide aminé utile pour nos muscles, l'étanchéité de notre intestin et pour nos défenses immunitaires, voilà qui est parfait ! 

Dans certains cas (opération chirurgicale par ex.), une complémentation en glutamine doit pouvoir aider des patients. Pour aider le corps à reconstituer leurs muscles lésés. Au-delà de cet exemple (au conditionnel), dans quels autres cas la prise de compléments de Glutamine peut être intéressante ?

Il suffit de taper "glutamine" sur les moteurs de recherche pour constater l'effervescence autour de cet acide aminé.

Par contre en prise régulière, comme le font beaucoup d'adeptes, il y a un hic.

L'utilité décrite, pour les entérocytes, les muscles lésés, les lymphocytes, concerne des tissus à renouvellement cellulaire rapide. Cela pousse, ou devrait pousser, à la prudence pour les personnes à risques de cancer, que le risque soit identifié comme génétique, ou comme issu d'un contexte familial propice (cancers dans la famille, sans que l'on sache si c'est génétique ou lié à des habitudes de modes de vie partagées dans cette famille), ou en présence d'activités ou d'expositions clairement cancérigènes (voir le cas de la ville de Tarente en Italie Pollutions, cancers, diabète de type 2 et maladies cardiovasculaires), ou bien en raison de prise de médicaments, type statines, avec de forts soupçons d'effets cancérigènes au long cours Cancer du sein. Ou bien en raison d'une alimentation qui semble favoriser l'expression des cancers : Cancers, et euros. Ou d'eposition à tous les cancérigènes connus : tabac, manque d'activité physique, ou fortement suspectés : alimentation trop riche en omégas 6.

Ces types de risques restent très imprécis et très aléatoires pour savoir si on est concerné à titre individuel, mais on ne peut pas faire beaucoup mieux. 

 

Quelles sont les données connues pour des liens éventuels en glutamine et cancer ?

L'implication de la glutamine a été étudiée par une équipe d'Aix Marseille pour un des cancers les plus virulents, le cancer du pancréas : http://www.cancer-et-metabolisme.fr/cancer-du-pancreas-des-voies-metaboliques-identifiees-pourraient-constituer-de-nouvelles-cibles-de-traitement/

Comme disent les auteurs,c'est l'utilisation anormale du glucose qui est une des bases de départ de cancérisation :

"    (les chercheurs)  décrivent ensuite des modifications métaboliques provoquées par le stress hypoxique qui permettent aux cellules tumorales de proliférer en consommant peu d’oxygène : les cellules tumorales augmentent simultanément leur capacité à utiliser le glucose (processus appelé « glycolyse ») et la glutamine («glutaminolyse ») par rapport à des cellules normalement oxygénées.

Ces modifications métaboliques se sont avérées être essentielles à la survie des cellules hypoxiques les plus agressives.De façon intéressante, ils montrent que les changements métaboliques provoqués par le stress hypoxique dans les cellules tumorales nourrissent également les cellules tumorales mieux oxygénées (dites « normoxiques ») voisines, qui pourront ainsi elles aussi se développer selon un processus dit « symbiose tumorale » : les cellules tumorales se mettent à produire du lactate en milieu hypoxique, et les cellules tumorales normoxiques voisines s’adaptent à leur tour en augmentant leur capacité à internaliser le lactate puis à l’utiliser comme nutriment.

Il a été démontré que l’augmentation de l’activité de glycolyse va de pair avec une agressivité plus sévère dans le cancer du sein. "

 

L'utilisation anormale du glucose paraît être une des voies prioritaires de traitement du cancer. C'est le sens d'une des techniques résumées dans ce billet : Cancers, et eurosLisez et relisez ce billet "Cancer et euros". Il résume les voies les plus simples, les plus efficaces, en association avec les traitements classiques, pour la prévention, la prévention de récidive, mais aussi pour la mise en rémission de cancers, y compris de cancers virulents.

Si l'utilisation anormale du glucose amène l'énergie aux cellules cancéreuses, elles ont besoin aussi de matériaux de construction. Les omégas 6 en surnombre par rapport aux omégas 3 (revoir "cancers, et euros) favorisent aussi les cellules cancéreuses. Et d'après les recherches citées ici, la glutamine aussi.

 

La glutamine procure probablement des bienfaits en prises très ponctuelles, suite à une opération, à des lésions musculaires. Ou encore suite à un problème d'hyperperméabilité intestinale qui ne se résoud pas suite à un changement alimentaire. Et surtout, que ce soit à tort ou à raison, la prise de compléments de glutamine est très répandue.

Alors quand arrêter d'en prendre ? Combien de temps en prendre ? Quelle dose ?

A priori, personne n'en sait rien, de façon démontrée, bien que les avis pullulent.

Dans tous les cas, en cas d'historique familial de cancers, surtout de cancers du système digestif, n'en prenez pas en complément. Dans les autres cas, si vraiment vous y tenez, prenez en de façon très ponctuelle. 

Cette conclusion paraitra simpliste, pauvre et décevante pour les habitués d'études cliniques, de forums santé ou de forums sur la muscu, elle va pourtant à rebours, avec des arguments simples, d'une majorité de discours très largement diffusés, qui préconisent largement la prise de glutamine.

Soyez prudent avec la glutamine.

L'alternative parfois présentée est la prise des acides aminés branchés précurseurs de la glutamine. En théorie, cela est très intéressant, on peut penser que le corps choisit plus spécifiquement de transformer, ou non, les acides aminés précurseurs en glutamine, mais là encore, je crains que personne ne sache vraiment ce que ça donne dès que la prise devient régulière, ni comment évolue le risque de favoriser l'epression de cancers, quels qu'aient été les facteurs initiaux de cancérisation des cellules.

Commentaires (3)

Pierre Aribaut
  • 1. Pierre Aribaut (site web) | 01/04/2018
Si je comprends bien, tout ce qui donne de l'énergie rapide est à fuir en cas de cancer, glutamine ou glucose, il faut réduire, car cela alimente le cancer. C'est sans doute pour ça que le jeûne peut aider en cas de cancer, mais bon j'imagine que cela a ses limites.
denis Vial
  • 2. denis Vial | 07/02/2019
Bonjour,

j'ai trouvé le résultat de cette étude :
Abstrait
CONTEXTE:
Dans les situations hypermétaboliques, la glutamine est utilisée de manière intensive par les cellules à division rapide telles que les entérocytes, les lymphocytes et les fibroblastes, en tant que source d'azote et / ou carburant alternatif. On suppose que, chez les patients cancéreux, les demandes accrues de l'hôte en glutamine augmentent la capacité de production endogène, ce qui entraîne une forte carence en glutamine avec des effets néfastes sur les fonctions organiques. Au cours des périodes prolongées de cachexie cancéreuse, un soutien nutritionnel adéquat comprenant de la glutamine peut essentiellement contribuer à couvrir les besoins en glutamine et ainsi à économiser les réserves énergétiques de l'hôte et à retarder des complications graves telles que la défaillance de plusieurs organes. En raison des premières connaissances in vitro selon lesquelles les cellules cancéreuses consomment de préférence de la glutamine, les oncologues refusent souvent de fournir de la glutamine à l'hôte porteur de la tumeur afin d'éviter tout risque potentiel. Une évaluation objective de la question de savoir si un supplément de glutamine soutient la croissance tumorale in vivo fait toutefois encore défaut.

LE BUT DE L'ÉTUDE:
La présente revue évalue les données expérimentales et cliniques in vivo concernant les effets potentiels de l'administration de glutamine sur des hôtes porteurs de tumeurs et tire des conclusions sur l'utilisation de suppléments de glutamine en oncologie clinique.

MÉTHODES:
Des études expérimentales et cliniques d’intervention ont été identifiées lors d’une revue systématique de la base de données MEDLINE (dernière entrée: juin 2008) en utilisant des termes de recherche clés et des articles de synthèse. Ces études ont été complétées par des rapports identifiés par des recherches manuelles et par d’autres études précédemment connues des auteurs.

RÉSULTATS:
De nombreuses études expérimentales (modèle rat / souris) montrent que la glutamine orale / entérale ou intraveineuse favorise le métabolisme de l'hôte porteur de la tumeur et peut améliorer la toxicité gastro-intestinale des mesures thérapeutiques. Au cours des deux dernières décennies, 36 études cliniques (24 études orales / entérales et 12 parentérales) évaluant la tolérance, la sécurité et les effets de la glutamine chez divers groupes de patients ont été publiées. Dans la grande majorité de ces études cliniques, la supplémentation en glutamine chez les patients cancéreux améliore le métabolisme de l'hôte et la situation clinique sans augmenter la croissance tumorale. Les mécanismes potentiels des effets de la glutamine comprennent le maintien de l'intégrité de la muqueuse, une compétence immunitaire améliorée, une inhibition de la prolifération cellulaire, une augmentation du taux d'apoptose, une synthèse accrue du glutathion, une induction de la synthèse des protéines de choc thermique et une synthèse accrue des peptides analogues aux glucagon.

CONCLUSIONS:
Dans diverses situations cliniques, un apport approprié de glutamine exogène est sûr et peut contribuer de manière bénéfique à réduire les risques de chimiothérapie à haute dose et de radiothérapie. En outre, il existe certaines preuves qu'une disponibilité suffisante de glutamine peut avoir un effet bénéfique sur les résultats, en particulier chez les patients subissant une greffe de moelle osseuse.
olivier-callet
  • olivier-callet (site web) | 07/02/2019
Merci Denis pour ces données. Vous pourriez svp m'envoyer le lien internet ? Je regarderai un peu plus tard, là je suis sur la rédaction d'autres types d'articles. J'apporterai, ou pas, des compléments à ce billet sur la glutamine en fonction de ce que je lirai, des références, méthodes employées, etc. avec le lien que vous me transmettrez.

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