Santé des hommes et santé du monde - interview de Mme Frederika Van Ingen

J'ai eu l'immense plaisir d'interviewer par  téléphone, confinement oblige, Mme Frederika Van Ingen, autrice du livre "Ce que les peuples racines ont à nous dire - De la santé des hommes et de la santé du monde".

L'ouvrage présente une vision du monde souvent éloignée de celle à laquelle on est habitué. C'est très stimulant, et parfois déroutant. J'espère partager avec vous l'intérêt et le plaisir que j'ai eu à le lire et le relire, ainsi que l'envie de s'en imprégner.

Les réponses de Frederika Van Ingen sont en bleu. C'est, entres autres, une véritable invitation au voyage intérieur.

Bonjour, et merci beaucoup d'avoir accepté cette interview. Avant de parler du lire proprement dit, je me souviens d'une rencontre "Peuples autochtones" organisée à Pau, il y a une quinzaine d'années. Plusieurs personnes des peuples racines s'étaient exprimées. Quel que soit leur vécu, parfois extrêmement dur, avec par exemple des meurtres de leurs proches, ils concluaient et répétaient tous le même message : préservez la terre, préservez notre monde. C'était étonnant et impressionnant. On retrouve cette même idée dans vos écrits, cette nécessité constante elon ses peuples de préserver la terre. Pourquoi cette insistance et quel est le rapport avec notre santé ?

Les humains sont en quelque sorte, dans les visions de ces peuples, des cellules du monde, comme tout ce qui le compose. Les sociétés humaines seraient comme des organes, avec des fonctions. Le tout fait partie du vivant, et de la terre. Quand nous oublions et maltraitons ces liens nous coupons le robinet de la vie.

Le plus étonnant c'est que nous, nous n'ayons plus cette vision là. Même les peuples racines les plus guerriers ne détruisaient jamais la terre, le territoire.

Ces peuples recherchent perpétuellement l'harmonie, en conscience de l'équilibre dynamique de ce tout. Ce qui équivaut au concept d'homéostasie pour notre corps en médecine.

Pour ces peuples, l'humain a un rôle de gardien de la terre. Un rôle très humble. Les animaux et les plantes sont considérés comme étant les enseignants de l'humain. Mais l'humain a une conscience qui lui permet de penser le monde, ce qui lui confère aussi responsabilité d'être le gardien d'un tél équilibre.

Dans nos sociétés modernes, nous nous cantonnons souvent à un rôle de consommateur de l'environnement. Deux exemples : des kagabas (peuple vivant en Colombie, souvent nommés Kogis, et connus en France notamment par les ouvrages et vidéos de l'auteur Eric Julien) venus en France à l'invitation de ce dernier s'étonnaient de voir l'eau potable captée dans des tuyaux. Pour eux le partage avec les autres êtres vivants était rompu et dans leur vision, c'est le point de départ des maladies. L'autre exemple est l'agriculture. Il existe des agricultures basées sur l'observation de la nature, et où on ne prélève que ce dont on a besoin. La permaculture en est un exemple connu, qui en est issu. Il existe aussi une agriculture de type "usine", celle qu'on connait la plupart du temps, très consommatrice d'espaces et de ressources. Retrouver le premier type d'agriculture nous permettrait de retrouver un meilleur lien avec la terre.

On voit aussi beaucoup dans votre ouvrage la notion de "Retrouver sa place". Retrouver sa place peut améliorer les rapports sociaux d'une personne par exemple, mais qu'est ce que cela peut faire pour sa santé ?

Retrouver sa place, c'est le travail de l'humain. C'est contribuer harmonieusement au fonctionnement du monde. Cela ne suffit pas forcément pour guérir une maladie. Mais dans ces visions, quand une dysharmonie survient à un niveau spirituel ou énergétique, cela descend et se cristallise dans la matière. La maladie peut en être un symptôme.

La façon qu'ont ces peuples de travailler l'énergie peut parfois soigner au niveau physique. Dans le sens où un rééquilibrage à un niveau supérieur peut se répercuter sur ce niveau, surtout si les soins interviennent tôt dans l'apparition des symptômes. Il aide aussi les autres formes de thérapie physique. Les kagabas indiquent par exemple qu'ils ne connaissaient pas les maladies de type  Parkinson*, Alzheimer*, Cancers** .... Elles ont été créées par notre monde, et nous devons les soigner avec des thérapies conçues dans notre monde. Mais leur médecine a pu dans quelques cas (rares et ponctuels car ils ne se donnent pas du tout pour rôle de soigner des étrangers) accompagner ces thérapies de tout un travail spirituel et énergétique.

Nous sommes en plein confinement. Que conseillez vous d'après votre expérience avec les peuples racines ? Vous parlez par exemple dans le livre d'apprendre à accueillir ses émotions.

Ces peuples ont été confrontés à de nombreuses épidémies apportées par les colonisateurs (variole, tuberculose, etc.), et ils n'ont pas de solution spécifique aux épidémies.

Par contre pour le confinement, quelle que soit la situation, les membres des peuples racines ont pour philosophie d'accueillir ce qui arrive. Que fais je avec ? Qu'est ce que ça m'apporte ?

C'est d'abord une invitation à visiter notre intériorité. Nous sommes déstabilisés, nous vivons des émotions fortes. A quoi sont dues ces émotions, par exemple la peur ? A un danger immédiat ? A une projection ? C'est à dire qu'il faut viser à vivre le plus en adéquation possible avec l'instant présent pour apporter une réponse adaptée, et ne pas en rajouter en se projetant dans un futur par nature incertain.

"Tout bouleversement nous destine à retrouver le chemin de l'harmonie" correspond à leur façon d'appréhender le monde. Les Maasaï disent que les épreuves sont des dons.

L'autre façon d'utiliser ce temps de confinement peut être comparé aussi à un rituel de passage collectif. Dans le sens où toute épreuve, toute maladie, n'aboutissent à une guérison réelle, dans ces visions, que lorsqu'elles permettent non pas un retour à l'état antérieur mais un changement d'état.

Le changement vient de soi d'abord. Nous avons trop tendance à l'attendre depuis l'extérieur. Les Maasaï disent :" Il n'y a pas de modèle extérieur. On est le modèle."

Dans ces sociétés, chacun contribue, il n'y a pas d'attente envers un chef. Depuis tout petit, chacun être a une place pour que le monde fonctionne. Ce n'est pas un équilibre figé, c'est une recherche permanente d'équilibre dynamique.

Pour ces sociétés, la vie c'est le changement. Le travail de l'humain est de tendre vers cet équilibre. L'harmonie arrive si le monde se lance dans cette recherche d'équilibre dynamique.

Une fois que ce confinement sera terminé, des personnes intéressées seront à la recherche de contacts de type chamanique dans d'autres pays. Que vous inspirent ces voyages ?

Attention aux tentations de voyage au bout du monde. Les cultures sont très très différentes. Les plantes psychotropes par exemple (ayahuesca, etc.) ne sont pas une solution magique. Cela peut entraîner des bouleversements énormes car il n'y a pas toujours le bon accompagnement. Il y a eu des morts. Pour quelques personnes de notre société ça peut être "le chemin", mais il convient d'être prudent. Il existe des voies plus douces, comme le tambour par exemple, pour explorer ces dimensions et qui se développent aussi chez nous.

On peut se relier au monde "plus qu'humain" sans passer par ces approches lointaines. En pratiquant l'hypnose et la sophrologie par exemple, qui de plus sont des pratiques que l'on retrouve sous d'autres formes chez ces peuples racine.

Parmi les peuples racines, certains tiennent soit à préserver leur mode de vie, soit à se préserver de tout contact : il ne faut surtout pas chercher à entrer en contact avec ces derniers.

D'autres vivent déjà dans des modes de vie imposés par notre modernité. Mais dans ces démarches de rencontre il convient de respecter leurs souhaits. Ce sont deux mondes très différents qui se rencontrent. Certains peuvent avoir un besoin impérieux de nourrir leur famille, et plusieurs d'entre nous arrivons avec une mentalité de consommateur. Cela constitue deux déséquilibres qui se heurtent, et qui peuvent créer un déséquilibre encore plus grand.

Il est important de respecter les grandes différences entre ces cultures et les nôtres.

Comme exemple de différence culturelle, les Dineh (Navajo) pensent que regarder dans les yeux est prendre quelque chose à la personne. Ne pas être regardé dans les yeux peut être très déstabilisant pour nous (ndb : cela m'est arrivé il y a quelques années avec des membres de la société kagabas venus en France, en accompagnement de l'auteur Eric Julien. L'un d'eux se tenait devant moi en regardant par terre ; alors qu'il me suffisait de le saluer, j'ai été décontenancé et j'ai fini par parler à une autre personne à côté. Je n'étais pas le seul à agir ainsi, mais j'ai eu l'impression d'être très impoli sans réussir à nouer un contact simple. Cela à l'air anecdotique, mais c'est un des nombreux exemples de différence de culture, de comportement).

Je pense à un autre exemple de comportement qui est très déroutant pour nous : à une question posée, des kagabas peuvent répondre plusieurs jours après, ils prennent le temps de "penser" la réponse.

Ces peuples ont une constante : ils sont tellement conscients de leur rôle de gardien de la nature (ce qui nous entoure, et notre intérieur) que les individualités passent en second. Nous n'y sommes pas habitués. Ils préservent des savoirs et des équilibres. Ils sont d'abord un groupe avant d'être des égos (que même, pour certains de ces peuples, ils ne développent quasiment pas).

Comment choisir à qui on peut faire confiance dans ces domaines ici ou ailleurs ?

Faire fonctionner le bouche à oreille peut être un bon moyen pour distinguer ces personnes. Globalement il convient d'être attentif à deux aspects surtout :

  1.  que la thérapie amène des résultats concrets dans la vie. Qu'elle ait des effets réels.
  2.  qu'elle permette de gagner en autonomie.

Enfin, un  bon feeling aide aussi dans ce type de relation.

Dans ces cultures, ce que l'on nomme parfois un chamane est sous le contrôle social permanent de la communauté, qui ne le reconnaîtra plus dans ce rôle s'il se plante.

Si une personne est sensible à ces aspects, comment peut-elle par exemple distinguer des signes de tel ou tel animal ou la vie normale de cet animal qui passait par là ?

Pour les kagabas par exemple, tout est signe, et il n'y a pas de différence entre le rationnel et l'irrationnel. On ne sépare pas les deux.

Prendre conscience du monde dans lequel on est c'est déjà un rééquilibrage. Il existe une forte tradition d'offrande dans ces traditions. Par exemple remercier un arbre au fond de son jardin (pour sa présence, ou son ombre, etc.) c'est déjà se reconnecter. Nous pouvons aussi instaurer des routines : se rappeler du chemin fait par l'eau jusqu'à notre robinet, ou bien lors des trois premières bouchées de notre repas, se souvenir de l'origine de ce qui nous nourrit. C'est déjà faire un très grand pas.

Dans ce site je mentionne beaucoup de maladies qui sont nettement améliorées en modifiant le rapport à l'environnement physique : l'alimentation en premier lieu, mais aussi des pollutions ou des médicaments qui entraînent de gros effets secondaires. Si cela fonctionne, quel peut être l'apport d'autres dimensions que vous citez dans votre ouvrage ?

Les guérisseurs de ces sociétés travaillent beaucoup avec l'invisible, que je traduis par les termes "énergie" et "esprits". L'énergie est très utilisée aussi dans plusieurs médecines chinoises et ayurvédiques par exemple, qui ont des sources chamaniques. Pour tout problème physique, il y a une dimension spirituelle et énergétique.

Intervenir sur ces dimensions là permettra d'entretenir la guérison physique et de limiter les récidives. Dans ces visions, les dysharmonies dans ces dimensions sont le terreau de la maladie. Cette notion recouvre ici des maladies, des problèmes personnels, des accidents ou encore des problèmes psychologiques. Pour les peuples racines les maladies sont des symptômes de dysharmonie qui indiquent que nous ne sommes plus en adéquation avec la place où nous sommes "prévus" pour contribuer. En ce sens, les maladies induisent forcément un changement d'état. Ca nous appelle à grandir, à changer.

Merci beaucoup Mme Van Ingen pour ces moments de discussion passionnants.

 

Pour aller plus loin

Note pour utiliser moins d'énergie avec les vidéos. A chaque fois que c'est possible cliquez dans la roue crantée (paramètre) en bas à droite de l'écran vidéo et dans qualité choisissez la valeur la plus basse possible. Cela utilisera moins d'énergie et contribuera à beaucoup moins polluer.

Livre de Mme Frederika Van Ingen - Ce que les peuples racines ont à nous dire - De la santé des hommes et de la santé du monde et Sagesse d'ailleurs pour vivre aujourd'hui

Biographie et interview vidéo de l'autrice

Interview d'Eric Julien sur les Kogis (kagabas)

Pour les personnes qui souhaitent participer au respect et à la survie des peuples racines

Association survival

Association tchendukua

Arutam = lien vers la page qui permet de reverser à cette association des fonds générés à partir des clics sur le moteur de recherche Lilo

Exemples de ce site de liens forts entre environnement (alimentation, pollutions, médicaments) et santé

* Rémission de la maladie de Parkinson par des changements surtout alimentaire

* Rémission de la maladie d'Alzheimer grâce à l'alimentation

** Complexe pétro-chimique près de Marseille

Vascularites

Vascularite ; confirmation

Sclérodermies

Maladie de Basedow et Seignalet

 

 

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