Révolutions scientifiques

"La structure des révolutions scientifiques" - liens avec le présent

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Conseils de lecture :
entre guillemets, surligné en jaune, extraits de l'ouvrage "La structure des révolutions scientifiques". Les extraits choisis résument au mieux des éléments de cet ouvrage, mais ne peuvent contenir toute la pensée de cet auteur. Je conseille très vivement la lecture complète du livre (j'ai utilisé Thomas s. Kuhn - La structure des révolutions scientifiques" éditions Flammarion, Champs Sciences, réédition de 2008), pour toutes celles et tous ceux intéressés par la science en général, aussi bien les scientifiques, toutes sciences confondues, que les amateurs de sciences humaines, ou que les curieux en général.
En gras, bleu, mes commentaires. 
Le texte est  long. "Picorer" des paragraphes facilitera votre lecture. 
 
 
La structure des révolutions scientifiques est un livre écrit par Thomas Kuhn, dans les années 1960, complété et réédité en 1970.
 
 
Pour tous ceux qui sont passionnés de sciences, d'histoire des sciences, ce livre est unique. J'y ai trouvé, comme une évidence, de très nombreux parallèles entre les périodes de révolutions scientifiques anciennes décrites et analysées par l'auteur, et la situation en médecine et recherche médicale telle qu'elle est depuis les années 90 environ.
 
Note aux universitaires qui liront cette page : ils seront étonnés de ne pas trouver de références à d'autres auteurs tels que Popper, Ganguilhem, Bloor, Bourdieu, Feyerabend, voire Jared Diamond pour nuancer ou expliciter des développements du chapitre XII du livre de Kuhn,etc. Le parallèlisme entre les mécanismes décrits par Kuhn et la situation de la recherche médicale depuis une vingtaine d'années sont très forts. Je connais moins bien ces auteurs, mais certaines de leurs affirmations pourraient être utilisées ici aussi, ce que je ne fais pas faute de place. Il y a un véritable travail universitaire à faire à ce sujet ... avec beaucoup de références, d'exemples concrets récents ou actuels (la révolution scientifique dans le domaine des sciences médicales se prodiuit sous nos yeux), de points de vue à discuter selon ces auteurs, n'hésitez pas à me contacter !
 
A titre d'exemple, l'auteur décrit la notion de paradigme en phase de science normale : ensemble de notions explicites - par exemple les théories dominantes dans une science - et implicite - les présupposés dominants dans un domaine scientifique - qui ne sont pas toujours formulés, ni perçus consciemment.
"En sciences médicales, un tel paradigme, très puissant, est présent depuis des années : la plupart des intervenants estiment qu'en dehors de quelques cas particuliers (allergies, maladie coeliaque, prévention cardio vasculaire, ...), l'alimentation n'a que très peu de pouvoir thérapeutique, mais n'a seulement qu'un pouvoir préventif, et encore relativement limité.
Il y a un extraordinaire blocage sur ces notions : et pourtant, aussi bien les données épidémiologiques, que les données d'observation, que les données d'essais cliniques, vont toutes dans ce sens : un rôle souvent prééminent de l'alimentation, avec une possibilité curative nette, pour une centaine de pathologies, dont certaines très graves. Cela n'exclut pas les traitements conventionnels.
Plus généralement, ce constat s'impose pour l'ensemble du mode de vie : alimentation donc, comme facteur le plus important, y compris l'usage des boissons, mais aussi activités physique, usage ou non de cigarettes, etc. L'importance de ces facteurs, y compris en termes curatifs, est très largement sous-estimée dans la pratique médicale quotidienne, bien que tout le monde en reconnaisse l'importance, mais de façon très vague.
 
Le plus simple pour chacun serait de lire le livre et de le comparer aux données de la discipline scientifique qu'il connait ou qui l'intéresse. Je fais cet exercice ici pour les sciences médicales. C'est long, parce qu'il y a beaucoup de choses à dire.
 

Lecture et analyse du livre

Chapitre premier. l'acheminement vers la science normale

(les exemples cités par l'auteur sont dans les domaines de la physique, de la chimie, ... ici de  livres qui ont servi pendant très longtemps de références)

La science normale est celle où le savoir s'accumule, ou les expériences s'affinent pour aller plus loin, phase décrite comme « une tentative opiniatre et menée avec dévouement pour forcer la nature à se ranger dans des boîtes conceptuelles fournies par la formation professionelle ». « la science normale, activité au sein de laquelle les scientifiques passent inévitablement presque tout leur temps, est fondée sur la présomption que le groupe scientifique sait comment est constitué le monde. Une grande partie du succès de l'entreprise dépend de la volonté qu'a le groupe de défendre cette supposition, à un prix élevé s'il le faut ».

La résistance des scientifiques en place au changement est très forte, c'est un mécanisme retrouvé dans toutes les sciences. 

Toutefois,

«  … la science normale s'égare fréquemment. Et quand cela se produit – c'est à dire quand les spécialistes ne peuvent ignorer plus longtemps des anomalies qui minent la tradition établie dans la pratique scientifique – alors commencent les investigations extraordinaires qui les conduisent finalement à un nouvel ensemble de convictions, une nouvelle base pour la pratique de la science. Les épisodes extraordinaires au cours desquels se modifient les convictions des spécialistes sont qualifiés dans cet essai de révolutions scientifiques. Ces bouleversements de la tradition sont les compléments de l'activité liée à la tradition de toute science normale.»

« Son assimilation exige la reconstruction de la théorie antérieure et la réévaluation de faits antérieurs, processus intrinséquement révolutionnaire qui est rarement réalisé par un seul homme et jamais du jour ou lendemain. »

«  … Tous ces livres, et bien d'autres ont longtemps servi à définir implicitement les problèmes et les méthodes légitimes d'un domaine de recherche pour des générations successives de chercheurs. S'ils pouvaient jouer ce rôle, c'est qu'ils avaient en commun deux caractéristiques essentielles : leurs accomplissements étaient suffisamment remarquables pour soustraire un groupe cohérent d'adeptes à d'autres formes d'activité scientifique concurrentes ; d'autre part, ils ouvraient des perspectives suffisamment vastes pour fournir à ce nouveau groupe de chercheurs toutes sortes de problèmes à résoudre. »

"C'est l'étude des paradigmes (...) qui prépare principalement l'étudiant à devenir membre d'une communauté scientifique particulière avec laquelle il travaillera plus tard. Comme il se joint ici à des hommes qui ont puisé les bases de leurs connaissances dans les mêmes modèles concrets, son travail l'amènera rarement à s'opposer à eux sur des points fondamentaux. Les hommes dont les recherches sont fondées sur le même paradigme adhèrent aux mêmes règles et aux même normes dans la pratique scientifique. cet engagement et l'accord apparent qu'il produit sont des préalables nécessaires de la science normale, c'est à dire de la génèse et de la continuation d'une tradition particulière de recherche."

L'auteur donne ensuite des exemples d'ouvrages sur l'optique et la lumière.

"ces transformations successives de paradigmes de l'optique sont des révolutions scientifiques et le passage d'un paradigme à un autre par l'intermédiaire d'une révolution est le modèle normal du développement d'une science adulte."

"A aucun moment (... jusqu'à la fin) du XVII siècle, il n'y a eu de théorie unique généralement acceptée sur la nature de la lumière, mais au contraire plusieurs écoles et cénacles concurrents dont la plupart adoptaient telle ou telle variante de la théorie épicurienne, aristotélicienne ou platonicienne. (...) Chaque école puisait son autorité dans ses rapports avec une métaphysique particulière et chacune insistait, dans ses observations paradigmatiques, sur le groupe particulier de phénomènes optiques que sa théorie pouvait expliquer avec le plus de succès. Pour les autres observations, on élaborait des raisonnements ad hoc, ou bien le problème retsait sans solution en attendant des recherches ultérieures."

Cette multiplicté de pensées, d'écoles, de façon d'aborder la science, est également une réalité depuis au moins les années 90 pour la place de l'alimentation en médecine préventive ET curative. Rien qu'en France, pays d'ailleurs très largement leader dans ce domaine (mais ces leaders sont peu reconnus sur place), ces médecins qui en ont eu assez d'avoir une reconnaissance limitée par leurs pairs malgré des travaux très pointus, et largement reproductibles, et reproduits, (l'attitude institutionnelle est très conservatrice sur ces sujets), ont largement publié à destination du public. Parmi les travaux jugés les plus sérieux, il y a de grandes tendances : la micronutrition, c'est à dire la nutrition centrée sur les compléments alimentaires et la prise en compte des vitamines, corps gras, etc. dans la cuisine. Un des chefs de file, très productif, avec des ouvrages très détaillés, est le Docteur Curtay. L'autre dominante, est la nutrition générale. Les compléments alimentaires arrivent en second plan : le Dr Seignalet, pour les maladies auto immunes au départ, puis ensuite pour une 100aine de pathologies. Le Dr Servan Schreiber, centré sur le cancer. Le Dr de Lorgeril, centré sur les maladies cardiovasculaires, de façon prévenive aussi bien que curative. Au delà de ces exemples, frappants de par leur portée, il y a eu une floraison d'approches alimentaires pour la santé, de qualités diverses. Voir par exemple le site lanutrition.fr pour disposer d'exemples d'approches variées. Plusieurs des approches les plus significatives sont recensées et commentées par exemple dans le dernier livre du Dr de Lorgeril "le nouveau régime méditerranéen".

"en l'absence d'un paradigme ou d'une théorie prétendant à ce titre, tous les faits qui pourraient jouer un rôle dans le développement d'une science donnée risquent de sembler également importants. Par conséquent, l'observation des faits au début d'une science se fait beaucoup plus au hasard que de la manière rendue familière par son développement ultérieur."

C'est le foisonnement décrit plus haut. Les noms cités sont ceux de praticiens ayant conduit un véritable travail de hiérarchisation dans la masse de ces données.

"Telle est la situation qui crée les écoles caractéristiques des premiers stades du développement d'une sceince. Aucune histoire naturelle ne peut être interprétée en l'absence d'un minimum implicite de croyances théoriques et méthodologiques interdépendantes qui permettent la sélection, l'évaluation et la critique."

"Pour être acceptée comme paradigme, une théorie doit sembler meilleure que ses concurrentes, mais il n'est pas nécessaire qu'elle explique (en fait elle n'explique jamais) tous les faits auxquels elle peut se trouver confrontée."

" Quand le chercheur individuel peut considérer un paradigme comme acquis, il n'a plus besoin, dans ses travaux majeurs, de tout édifier en partant des premiers principes et en justifiant l'usage de chaque nouveau concept introduit. Il peut laisser cela à l'auteur de manuels. Pourvu donc qu'il existe un manuel, le chercheur peut commencer ses recherches là où s'arrête le manuel et se concentrer exclusivement sur les aspects les plus subtils et les plus ésotériques des phénomènes naturels, dans le domaine qui est le sien. (...) Au lieu de consigner ses recherches dans des livres adressés (...) à tous ceux qui pourraient s'intéresser aux problèmes de sa spécialité, il les fera paraître généralement sous forme d'articles brefs, adressés à ses seuls collègues, des hommes qui assurément connaissent le paradigme commun et sont en fait les seuls capables de comprendre ce genre de littérature"

 

Ici, le « paradigme » est par exemple un essai clinique en double aveugle, pour lequel il est fréquemment nécessaire d'effectuer des calculs statistiques, qui génèrent un vocabulaire spécifique. Il n'est pas souvent dit « sur 100 patients traités, 60 ont une amélioration de leurs paramètres sanguins, alors qu'il n'y en a que 43 dans le groupe témoin, mais il y a 5 morts de plus dans le groupe traité», mais on parle plutôt de valeur d'odds ratio, d'intervalle de confiance, et autres discussions sur les valeurs statistiques. Ce qui n'est pas faux, mais difficilement lisible, restreint la lecture à quelques spécialistes seulement, qui, ayant peu ou prou les mêmes influences, auront du mal à déceler les erreurs possibles.

 

Ce qui signifie qu'une fois qu'une théorie, ou un ensemble de théories et de postulats, sont considérés commé établis, il sera très difficile à toutes les personnes qui travaillent avec ces paradigmes d'accepter une remise en cause de ces fondements. Il y a un intérêt fort, pour un chercheur ou un groupe de chercheur travaillant sur de nouvelles données, à les faire admettre comme des paradigmes, c'est à dire modifiables seulement à la marge.

Ce qui peut poser des soucis quand ces "paradigmes artificiels" accompagnent une démarche commerciale, comme dans le cas de blockbuster médicamenteux.

J'entends par paradigmes artificiels, cette façon de quelques équipes de chercheurs de crier sur tous les toits qu'un changement majeur vient d'être créé, des découvertes fabuleuses ont été faites, et que ces "découvertes" justifient en fait la vente de molécules chères à des dizaines de millions de personnes. Bien que les données prises une à une, vérifiées par des personnes indépendantes, vous, moi, ne montrent pas du tout la même chose que les résultats claironnés.  Cela a été le cas par exemple des statines, ou des équipes ont parlé de "changement de paradigmes" quand il ne s'agissait que d'opérations commerciales d'ampleur sans précédent. 

 

« C'est à des opérations de nettoyage que se consacrent la plupart des scientifiques durant toute leur carrière. Elles constituent ce que j'appelle ici la science normale qui, lorsqu'on l'examine de près, soit historiquement, soit dans le cadre du laboratoire contemporain, semble être une tentative pour forcer la nature à se couler dans la boîte préformée et inflexible que fournit le paradigme. La science normale n'a jamais pour but de mettre en lumière des phénomènes d'un genre nouveau ; ceux qui ne cadrent pas avec la boîte passent même souvent inaperçus. Les scientifiques n'ont pas non plus pour but, normalement, d'inventer de nouvelles théories, et ils sont souvent intolérants envers celles qu'inventent les autres. Au contraire, la recherche de la science normale est dirigée vers l'articulation des phénomènes et théories que le paradigme fournit déjà ».

La science normale possède des avantages

« Les domaines explorés par la science normale sont évidemment minuscules ; elle a le champ visuel sévèrement restreint. Mais ces restrictions nées de la confiance en un paradigme se révèlent essentielles pour le développement de la science. En concentrant l'attention sur un secteur limité de problèmes relativement ésotériques, le paradigme force les scientifiques à étudier certains domaines de la nature avec une précision et une profondeur qui autrement seraient inimaginables. »

C'est évident par exemple dans le domaine de l'immunologie. C'est un des domaines où les progrès de compréhension des mécanismes sont les plus époustouflants au cours des dernières décennies et encore maintenant. Mais où la fermeture aux apports extérieures, aux autres regards, est très marquée. Le rôle des macrophages et neutrophiles "éboueurs" décrit par Seignalet (pourtant très réputé dans le domaine de l'immunologie avant qu'il ne fasse intervenir la nutrition), le rôle du cholestérol dans les défenses immunitaires par le Dr de Lorgeril, etc. sont autant d'éléments soit objectivés, soit très probables, mais complètement ignorés par les tenants de la recherche en immunologie, du moins pour leurs applications cliniques.

Et des limites :

« Le caractère le plus frappant des problèmes de recherche normale que nous venons d'envisager est peut être qu'ils se préoccupent très peu de trouver des nouveautés d'importance capitale, tant dans le domaine des concepts que dans celui des phénomènes. »

« L'établissement d'un paradigme apporte à une communauté scientifique, entre autres choses, le moyen de choisir des problèmes dont on peut supposer qu'ils ont une solution, tant que l'on tient le paradigme pour acquis. Dans une large mesure, ce sont là les seuls problèmes que la communauté considérera comme scientifiques ou qu'elle acceptera d'aborder comme tel. »

C'est typiquement le cas pour les exemples commentés ici : refus total de considérer ces travaux (aspect curatif de changements alimentaires) comme faisant partie du champ scientfique dans les sciences médicales.

« Ce qui l'aiguillonne, c'est la conviction que, si seulement il est assez habile, il réussira à résoudre une énigme que personne n'a encore résolue, ou résolue aussi bien. Bon nombre des plus grands esprits scientifiques ont consacré toute leur attention sur le plan professionnel à des problèmes de ce genre. La plupart du temps, c'est la seule tâche qui s'offre dans n'importe quel domaine spécialisé, ce qui ne diminue en rien sa fascination pour ceux qui s'y adonnent ».

Comme dit plus haut un exemple net des résolutions en cours d'énigmes pointues est la recherche dans le domaine immunitaire. Des progrès rapides, des experts impressionnants, qui affinent des recherches dans un cadre déjà posé. Les révolutions scientifiques en cours à ce sujet, non acceptées à ce jour comme faisant partie du champ scientifique, bougent le cadre de référence dans ce domaine (voir plus loin).

« L'étude historique minutieuse d'une spécialité scientifique donnée, à un moment donné, révèle un ensemble d'illustrations répétées et presque standardisées de différentes théories, dans leurs applications conceptuelles, instrumentales, et dans celles qui relèvent de l'observation. Ce sont les paradigmes du groupe, exposés dans ses manuels, son enseignement et ses exercices de laboratoire. En les étudiant et en les mettant en pratique, les membres du groupe apprennent leur spécialité. »

« Les scientifiques travaillent d'après des modèles qui leur viennent de leurs études ou de ce qu'ils ont lu ensuite, et bien souvent ils ne savent pas ou n'ont pas besoin de savoir, quelles caractéristiques ont donné à ces modèles valeur de paradigmes pour le groupe. »

« Bien que de nombreux hommes de science parlent facilement et à bon escient des diverses hypothèses particulières qui sont à la base d'un problème concret de recherche courante, ils ne se débrouillent guère mieux que les non initiés quand il s'agit de caractériser les bases établies de leur domaine de recherche, ses problèmes et ses méthodes légitimes. »

En sciences, comme dans beaucoup d'autres domaines peut être, la non connaissance des circonstances historiques, de toutes les raisons de choix entre telle ou telle théorie, limite beaucoup la possibilité de remise en cause de ces paradigmes.

" La période antérieure à la formation d'un paradigme, en particulier, est régulièrement marquée par des discussions fréquentes et profondes sur les méthodes légitimes, les problèmes, les solutions acceptables, bien que cela serve plus à définir des écoles qu'à rallier l'unanimité. (….) D'ailleurs, les discussions de ce genre ne disparaissent pas une fois pour toute avec l'apparition du paradigme. (….) Elles se reproduisent régulièrement juste avant et pendant les révolutions scientifiques, aux moments où les paradigmes sont attaqués et susceptibles de changer. »

Anomalies et apparition de découvertes scientifiques

« La découverte commence avec la conscience d'une anomalie, c'est à dire l'impression que la nature, d'une manière ou d'une autre, contredit les résultats attendus dans le cadre du paradigme qui gouverne la science normale. (…) L'épisode n'est clos que lorsque la théorie du paradigme est réajustée afin que le phénomène anormal devienne phénomène attendu ».

Exemple dans un domaine très spécialisé de la médecine : le cholestérol, considéré par de nombreux médecins, spécialistes, comme une cause de risque majeure pour les maladies cardiovasculaires et la mortalité, est de plus en plus remis en cause à ce titre : discussions sur la méthodologie des études passées qui ont abouti à la théorie du cholestérol ; discussions sur la hiérarchisation entre les bienfaits supposés des médicaments anticholestérol, et les effets secondaires avérés (Polyarthrite rhumatoïde, Diabète de type 2, pertes de libido, altérations cognitives, … cf. par exemple Statines = diabètes) ; discussions sur les causes réelles de l'apparition d'infarctus du myocarde ou d'avc ischémique, avec remise en cause apr exemple de la notion de plaque d'athérome, qui n'aurait pas d'existence réelle.

Autre exemple d'anomalie dans une approche plus globale de la santé : la non résolution de plusieurs pathologies, malgré parfois des décennies de recherche. Plus précisément, la résolution bienvenue d'une partie des symptômes de maladies évolutives, de type Polyarthrite rhumatoïde, en diminuant les phénomènes inflammatoires, ou encore de la Sclérose en plaque, sans trouver la cause, et donc le traitement de la cause, de l'auto-immunité qui caractérise ces pathologies. Ce qui est problématique en raison de l'efficacité relative des traitements selon les personnes, et des effets secondaires existants.

 

« C'est seulement lorsque l'expérience et la théorie possible parviennent à une corrélation étroite que la théorie émerge et que la théorie devient paradigme »

« Ces caractéristiques (typiques de toutes les découvertes qui font apparaître de nouveaux phénomènes) comprennent : la conscience antérieure de l'anomalie, l'émergence graduelle de sa reconnaissance, sur le plan simultanément de l'observation et des concepts ; enfin, dans les domaines et les procédés paradigmatiques, un changement inévitable, souvent accompagné de résistances."

 C'est très largement le cas par exemple dans les écrits du Dr Seignalet pour un grande aprtie des maladies auto-immunes, ou d'autres maladies telles que l'asthme, la broncho-pneumopathie chronique obstructive, les formes sévères de spasmophilie, le diabète de type 2, etc. Corrélation très étroite entre les théories du Dr Seignalet et les résultats obtenus, avec confirmation à très long terme.

Crises et apparitions des théories scientifiques

«  Justement parce qu'elle exige une démolition à grande échelle du paradigme et des changements majeurs dans les problèmes et les techniques de la science normale, l'émergence de nouvelles théories est généralement précédée par une période de grande insécurité pour les scientifiques. L'échec des règles existantes est le prélude de la recherche de nouvelles règles. »

« Cette prolifération de versions différentes d'une théorie est un symptôme de crise très fréquent ».

C'est le cas, comme décrit plus haut, depuis le milieu des années 90 pour les relations entre santé et modes de vie.

D'où l'importance de la reconnaissance de l'échec des règles en vigueur, point crucial pour accepter la définition de nouvelles règles. **

 

Quelle est la "science normale" dans le domaine de la recherche médicale ?

Pour un traitement donné, cela a en général la structure suivante : des études cliniques qui passent par plusieurs phases, dont une avec essai clinique sur deux groupes de personnes : un groupe témoin (auquel on donne un placebo) et un groupe traité. Dans l'idéal, en double aveugle, le médecin et le patient ne savent pas s'ils ont le placebo ou la molécule testée. Ensuite, soumission à une ou plusieurs revues scientifiques. Vérification par le comité de lecture des dites revues, et publication de l'article.

La tradition d'enseignement vertical en médecine conduit à une difficulté nette de remise en cause des enseignants. Les anomalies, les mêmes que celles qui génèrent dans d'autres sceinces des résolutions scientifiques sont ici considérées comme des .. simples anomalies, des anecdotes.

Quand se produit le changement de paradigme?

« Dans chaque cas une nouvelle théorie n'est apparue qu'après des échecs caractérisés de l'activité normale de résolution des problèmes. » « De plus (…) cet échec et la prolifération de théories qui en est le signe se sont produits au maximum dix ou vingt ans avant la formulation de la nouvelle théorie »« Notons aussi (…) que les problèmes qui se sont trouvés à l'origine de l'échec étaient tous d'un type connu depuis longtemps. L'activité antérieure de la science normale avait donné à chacun toute latitude de les considérer comme résolus ou quasi résolus, ce qui explique pourquoi le sentiment d'échec, quand il apparut, fut si aigu. »

Bien que non considérés comme résolus, les traitements innovants pour des pathologies telles que la Polyarthrite rhumatoïde, ont pu laisser croire un moment que le plus gros était fait. La même chose pour la baisse de mortalité cardiovasculaire ; des médicaments anti-cholestérol au stenting, plusieurs explications ont été avancées pour la baisse de la mortalité cardiovasculaire. Avec le recul, l'une de celle qui ressort est .. la modification du mode de vie, notamment la diffusion large d'informations sur les méfaits du tabac, et sur les bienfaits de l'activité physique régulière, puis sur l'alimentation méditerranéenne. Les clés de lecture, sur des évolutions d'état sanitaire, de mortalité, d'une population, sont souvent plus nombreuses que ce qu'on en pense. Ou ce qu'en pensent les professionnels.

Réponse à la crise

« Une partie aussi évidente qu'importante, de la réponse, est de remarquer d'abord ce que les scientifiques ne font pas, même en face d'anomalies graves et durables. Bien qu'ils commencent peut être à perdre leurs convictions et envisager d'autres théories, ils ne renoncent pas au paradigme qui les a mené à la crise. »

Parmi les paradigmes tacites qui ressortent fréquemment des discussions avec des médecins, des chercheurs en biologie, des journalistes scientifiques, un paraît central « une alimentation ne peut être curative, sauf cas particuliers tels que la maladie coeliaque ». D'autres portent sur des aspects plus mineurs, tels que « le cholestérol est responsable de la mortalité cardiovasculaire »

« Le passage d'un paradigme en état de crise à un nouveau paradigme d'où puisse naître une nouvelle tradition de science normale est loin d'être un processus cumulatif ; réalisable à partir de variantes ou d'extensions de l'ancien paradigme. C'est plutôt une reconstruction de tout un secteur sur de nouveaux fondements, reconstruction qui change certaines des généralisations théoriques les plus élémentaires de ce secteur et aussi nombre des méthodes et applications paradigmatiques. »

« On manipule les mêmes faits qu'auparavant mais en les plaçant l'un par rapport à l'autre dans un système de relations qui est nouveau parce qu'on leur a donné un cadre différent ».

C'est typiquement le cas pour les travaux que j'ai cités ; les données connues auparavant sont conservées, toutefois la hiérarchie, en tant que cause de maladie et élément à traiter en priorité, est revue.

« Le recours, fragmentaire ou total, à ces procédures extraordinaires, peut entraîner une conséquence supplémentaire. En concentrant l'attention scientifique sur un groupe étroit de difficultés et en préparant l'esprit des scientifiques à voir sur leur vrai jour les anomalies expérimentales, la crise amène souvent une prolifération de nouvelles découvertes. »

« Notons seulement un fait à ce propos : presque toujours, les hommes qui ont réalisé les inventions fondamentales d'un nouveau paradigme étaient soit très jeunes, soit tout nouveaux venu dans la spécialité dont ils ont changé le paradigme. »

En l'occurrence, les chercheurs pris en exemple plus haut (Seignalet, de Lorgeril, Servan Schreiber) ne correspondent pas à ce profil, décrit à partir de scientifiques hors recherche médicale..

Ils ont toutefois tous une caractéristique commune, régulièrement soulignée par leur entourage professionnel : pour deux des trois, plusieurs décennies de recherche, et de pratique clinique sur des bases classiques, même double expérience plus brève pour l'un des trois, avant de publier un ouvrage hors trame de publication scientifique habituelle. La participation à plusieurs actes chirurgicaux est souvent mise en avant également : vision médicale clinique, vision chirurgicale qui peut éviter des considérations trop abstraites, large habitude de la recherche scientifique classique, de ses avantages et de ses limites.

« Face à une anomalie ou à une crise, les scientifiques adoptent une attitude différente à l'égard des paradigmes existants et la nature de leurs recherches change en conséquence. La prolifération des variantes concurrentes du paradigme, le fait d'être disposé à essayer n'importe quoi, l'expression d'un mécontentement manifeste, le recours à la philosophie et à des discussions sur les fondements théoriques, tous ces signes sont autant de symptômes d'un passage de la recherche normale à la recherche extraordinaire. »

Les débats, discussions, en cours sur l'influence du mode de vie sur la santé s'inscrivent typiquement dans cette logique. Plusieurs avancées théoriques parallèles sur les liens santé/alimentation, dont certaines très étonnantes (ex : le conseil par un auteur, non cité ici, de l'ablation de l'appendice pour tous, suivi d'une alimentation particulière), des mécontentements, tus auparavant, qui se font jour, par exemple sur le domaine de la gestion du cholestérol, appels réguliers aux fondements épistémologiques, notamment les écrits de Karl Popper, etc.

Le foisonnement de textes critiques, et de nouvelles théories paraissent depuis plus d'une décennie en librairie grand public. La science médicale normale, qui s'exprime quasi uniquement à travers des revues spécialisées, bloque toute expression contradictoire, que la contradiction soit affichée (ex : tel traitement usuel n'est pas valable), ou porte sur une règle tacite, non exprimée clairement (la nutrition ne peut avoir d'effet curatif, hors quelques cas particuliers circonscrits).

Nature et nécessité des révolutions scientifiques

« Les révolutions scientifiques commencent avec le sentiment croissant, souvent restreint à une petite fraction de la communauté scientifique, qu'un paradigme a cessé de fonctionner de manière satisfaisante pour l'exploration d'un aspect de la nature sur lequel ce même paradigme a antérieurement dirigé les recherches. »

« (Le choix) qui doit s'effectuer entre des paradigmes concurrents s'avère être un choix entre des modes de vie de la communauté qui sont incompatibles. De ce fait, il est impossible que ce choix soit déterminé simplement par des procédés d'évaluation qui caractérisent la science normale, puisque ceux ci dépendent en partie d'un paradigme particulier, lequel, précisément, est mis en question. »

Les débats récurrents, la considération de non scientificité des travaux cités, ne peut être résolue avec le fonctionnement actuel, très institutionnalisé, avec des méthodes jugées indépassables.

Les nouvelles approches  proposées, par exemple par les auteurs déjà cités, sont à réévaluer avec leur valeur propre, dans le but d'améliorer ou restaurer l'espérance de vie en bonne santé, et de ralentir l'expression des pathologies considérées. Actuellement, les témoignages qui vont dans ce sens ressortent peu par la publication en mode « scientifique normal », c'est à dire dans les revues spécialisées, mais uniquement par des biais détournés : presse papier, divers sites et forums internet. La communauté scientifique, la communauté médicale, manquent clairement d'un recul historique et culturel sur le fonctionnement de la science, qui les empêche de voir que certains de leur refus de discussion s'inscrivent dans des schémas reproduits et très contre productifs pour l'amélioration de la santé des patients.

 " Il n'existe en principe que 3 types de phénomènes à propos desquels puisse s'élaborer une nouvelle théorie.

Le premier comprend des phénomènes déjà bien expliqués par les paradigmes déjà existants (...) ;

Une seconde catégorie de phénomènes comprend ceux dont la nature est indiquée par un paradigme existant, mais dont les détails, pour être compris, demanderaient que l'on précise d'avantage la théorie. Ces phénomènes sont généralement le champ privilégié de la recherche des scientifiques, mais cette recherche vise plus à élaborer des paradigmes existants qu'à en inventer de nouveaux. C'est seulement quand cet effort d'élaboration échoue que les scientifiques rencontrent le troisième type de phénomènes : les anomalies reconnues dont la caractéristique est leur refus obstiné de se laisser assimiler par les paradigmes existants. Ce type seul donne naissance à de nouvelles théories, .... "

" Mais les paradigmes ne différent pas seulement par leur substance, puisqu'ils ne sont pas dirigés seulement vers la nature mais aussi, en sens inverse vers la science qui les a produit. Ils sont la source des méthodes, des domaines de recherche et des normes de solution acceptées à n'importe quel moment donné par tout groupe scientifique arrivé à maturité. par conséquent, l'admission d'un nouveau paradigme nécessite souvent une définition nouvelle de la science correspondante".

 

" A mesure que les problèmes changent, on voit aussi changer la norme qui distingue une solution réellement scientifique d'une simple spéculation métaphysique, d'un jeu de mots ou d'une distraction mathématique. La tradition de science normale qui se fait jour durant une révolution scientifique n'est pas seulement incompatible avec ce qui a précédé mais souvent aussi incommensurable."

 

" En apprenant un paradigme, l'homme de science acquiert à la fois une théorie, des méthodes et des critères de jugement, gnéralement en un mélange inextricable. C'est pourquoi, lors des changements de paradigme, il y a généralement déplacement significatif des critères déterminant la légitimité des problèmes et aussi des solutions proposées."

On peut résumer ces phénomènes en une phase de relative incertitude par les spécialistes dans une science, avec d'un côté des méthodes jugées fiables et incontournables, défendues par les spécialistes en place, et des méthodes, explications, théories nouvelles, jugées parfois peu scientifiques par les premiers, mais de plus en plus utilisées par les tenants des nouvelles théories, avec des démonstrations de plus en plus probantes.

C'est là encore, typiquement le cas pour plusieurs dizaines de pathologies, avec des taux de rémission atteignant régulièrement 70 à 80 % des personnes qui utilisent le régime dit hypotoxique, rémissions tout à la fois de plus en plus prises en compte par des scientifiques, des médecins, et combattues virulement par les spécialistes qui tiennent les postes de décision, avec des carrières batties avec l'utilisation de méthodes plus anciennes, et surtout avec des paradigmes ancrés, tels que "l'alimentation ne peut être curative hormis dans un nombre assez restreint de cas". Le problèmes dans ce cas, et le véritable dialogue de sourd qui s'instaure, puisque :

"(...) chaque paradigme satisfait plus ou moins les critères qu'il a lui-même dictés et reste incapable de satisfaire certains des critères dictés par son concurrent. "

Les révolutions comme transformations dans la vision du monde

 

" (...) l'homme de science qui adhère à un nouveau paradigme ressemble à l'homme qui portait des lunettes donnant une image renversée. Placé en face du même ensemble d'objets qu'auparavant et le sachant, il les trouve néanmoins transformés dans nombre de leurs détails. "

 Ces personnes, tenantes de paradigmes concurrents, peuvent elles s'entendre ?

Les adeptes de paradigmes concurrents ne s'entendent jamais complètement, aucun des partis ne voulant admettre les suppositions non empiriques dont l'autre a besoin pour valider son point de vue "

Il suffit pour s'en rendre compte de voir par exemple plusieurs des sites que j'ai mis en Liens, ou de chercher des discussions sur ces thèmes sur internet, dans des articles de revues spécialisées ou de revues grand public. 

" Une résistance acharnée, en particulier de la part de ceux qu'une carrière féconde avait engagée dans une tradition de science plus ancienne de science normale, n'est pas une violation des principes scientifiques, mais un témoignage sur la nature de la recherche scientifique elle-même. Car la source de cette résistance, c'est la certitude que l'ancien paradigme parviendra finalement à résoudre tous ses problèmes, que l'on pourra faire entrer la nature dans la boîte fournie par le paradigme. Inévitablement, durant les révolutions, cette certitude paraît obstination et entêtement, et elle le devient vraiment parfois. Mais elle correspond à quelque chose de plus, cette même certitude étant en fait nécessaire à la science normale et à la résolution des énigmes. Or c'est seulement par la science normale qu'un groupe scientfiques réussit, d'abord à exploiter la portée potentielle et les possibilités de précision d'un paradigme ; ensuite, à isoler la difficulté dont l'étude permettra à un nouveau paradigme d'apparaître. "

A la différence, comme l'auteur l'écrit ailleurs, que c'est un autre scientifique ou groupe de scientifiques qui mettre en avant ce nouveau paradigme. L'ancien paradigme peut encore être utile, dans son domaine propre, pour trouver de nouveaux résultats. 

 " Des conversions se produiront, peu à la fois, jusqu'à ce que, le dernier résistant disparu, tous les membres de la profession travaillent à nouveau dans le cadre d'un unique paradigme, maintenant différent. "

Bien que ce phénomène soit peu perceptible, il est en train de se produire à grande échelle, de façon diffuse. il est peu visible car ces "conversions" se heurtent à de puissants blocages, vraisemblablement plus forts que ceux que cite Thomas Kuhn.

A titre d'exemple : une réunion avec de nombreux médecins, à laquelle j'ai assisté. Le conférencier (Dr de Lorgeril) parle de l'inutilité et de la dangerosité des statines, y compris pour des taux de cholestérol très hautss. Et dans la salle, de nombreux médecins disent que bien qu'étant au courant, voyant les dégâts sur leurs patients, et le peu d'apport pour leur santé, voire leur survie, ils ne peuvent se permettre de remettre en cause les presciptions d'un cardiologue. Ils ont peur d'un point de vue juridique, quand bien même ils savent que les cardiologues en question n'ont lu que des portions études allant dans le même sens, et le plus souvent, ils ne les ont lues qu'en diagonale, par exemple le résumé et de quelques tableaux et graphes, la lecture détaillée apportant un tout autre enseignement. Cf par exemple le site http://www.cholesterol-statine.fr/ .

Ces changements d'approche pour la santé cardio-vasculaire sont un exemple d'évolution non perçue encore tout à fait à l'échelle de la communauté scientifique. D'autres médecins suivent de plus en plus les avis du Dr de Lorgeril, après une analyse très minutieuse des essais cliniques et des données existantes pour le cholestérol et les médicaments anti-cholestérol. Ces réflexions s'accompagnent en général d'une prise de conscience de plus en plus aigue du rôle important de l'écologie personnelle, du mode de vie (nutrition, sport ou activité physique, ...) sur la santé en général et sur la survie, le vieillissement en bonne santé, etc. Les blocages (voir plus loin) sont tout aussi puissants.

Autre phénomène intriqué : le Dr de Lorgeril a été l'un des plus ardents défenseurs du régime méditerranéen, connu pour être riche en céréales ; il a été pourtant l'un des premiers à citer les liens très probables entre alimentation (surtout le blé pour lui) et des maladies telles que la Polyarthrite rhumatoïde, reprenant ainsi des éléments du Dr Seignalet.  Les évolutions de la connaissance sur la prise en compte des liens alimentation santé sont puissantes, même si elles ne constituent pas encore un paradigme accepté par la majorité.

Qu'est ce qui peut contribuer, dans les sciences, à faire bouger ces blocages ?

" il arrive parfois que (...) le candidat au titre de nouveau paradigme ne contribue pas du tout, au début, à la solution des problèmes qui ont amené la crise. Il lui faut alors trouver des arguments dans d'autres secteurs de la spécialité, ce qui arrive d'ailleurs souvent. Dans les autres domaines, les arguments sont particulièrement persuasifs si le nouveau paradigme permet de prédire des phénomènes qui étaient restés entièrement inaperçus, du temps où prévalait l'ancien. "

L'auteur, Thomas Kuhn, décrit ensuite une sorte de phase de flottement : 

" (...) ce qui est en jeu, c'est de savoir quel paradigme devra à l'avenir guider la recherche sur des problèmes qu'aucun des concurrents ne peut déjà prétendre avoir résolu complètement. (...) Celui qui adopte un nouveau paradigme à un stade précoce doit souvent le faire au mépris des preuves fournies par les résolutions de problème. Autant dire qu'il lui faut faire confiance au nouveau paradigme pour résoudre les nombreux et importantsproblèmes qui sont posés, en sachant seulement l'incapacité de l'ancien à en résoudre quelques uns. Une décision de ce genre ne relève que de la foi."

Là, par contre, je n'ai pas assisté tout à fait à ce phénomène. Les médecins et les scientifiques qui abordent franchement le rôle de l'alimentation pour des pathologies, jugées sans rapport pour beaucoup de spécialistes, le font avec courage. Mais aussi en se basant sur une abondante expérience clinique, et une abondante bibliographie. Donc pas grand chose à voir avec la foi.

 Comment s'opère le basculement ?

"Au début, un nouveau candidat au titre de paradigme n'a parfois que quelques partisans et dont les motifs peuvent même être suspects. Néanmoins, s'ils sont compétents, ils l'amélioreront, exploreront ses possibilités et donneront une idée de ce que serait d'appartenir à un groupe guidé par lui. En même temps, si le paradigme est de ceux qui sont destinés à vaincre, le nombre et la valeur des arguments en sa faveur augmenteront (...). Graduellement, le nombre d'expériences, d'instruments, d'articles et de livres fondés sur ce paradigme se multipliera. D'autres savants (...) se rallieront à cette nouvelle manière de pratiquer la science normale, jusquà ce qu'il ne reste (...) que quelques vieux irréductibles."

 Le nombre de livres, d'articles (mais peu à ce jour dans les revues les plus cotées, qui font beaucoup de résistance) a largement augmenté. Le nombre d'expériences aussi, même si elles paraissent faites un peu dans tous les sens : par exemple sur le microbiote intestinal (les bactéries qui vivent dans l'intestin), thème devenu ces dernières années une des clés de financement pour les équipes voulant des subsides européens pour financer leur recherche. Seignalet avait été un des premiers à en parler de façon très détaillée, argumentée, pathologie par pathologie, dès la fin des années 90, sans beaucoup d'écho à cette époque. En termes d'instruments, il n'y a pas a priori de nouveaux instrumenst utilisés. par contre, des instruments ou des protocoles existant déjà, tels que les mesures de porosité intestinale, les tests à IgG, sont devenus de plus en plus largement employés et cités, notamment suite à des travaux du Dr Seignalet.

Dans le cas du régime méditerranéen, l'augmentation d'articles est encore plus nette, avec des études qui confirment en grande majorité les données de la Diet Lyon heart study de Serge Renaud et du dr de Lorgeril des années 90. En termes de possibilités préventives et surtout curatives, le régime méditerranéen et le régime Seignalet n'ont pas tout à fait les mêmes indications. Le régime méditerranéen "modernisé", tel que défendu par le Dr de Lorgeril a en priorité une visée préventive pour les maladies cardiovasculaires, et une visée curative pour les personnes ayant eu par exemple un infarctus du myocarde. De la même façon pour une grande partie des cancers qui semblent liés au mode de vie (avec une baisse nette de la mortalité par cancer avec utilisation du régime méditerranéen). Le tout en accompagnement de la médecine classique ... sous réserve que les médecins aient une formation et un recul suffisant pour ne pas céder aux charmes peu scientifiques de molécules prétendument miracles : anticholestérol notamment, ou quand ils sont trop ou mal utilisés, anti hypertenseurs, diurétiques, ...

Le régime Seignalet vise nommément environ 100 pathologies (celles prises en compte par Seignalet lui même, et celles mises en avant par ses successeurs), de façon préventive et curative. Là encore, en accompagnement de la médecine classique, avec les mêmes réserves pour certaines molécules trop souvent utilisées à mauvais escient, ou à bon escient par exemple pour la Cortisone (beaucoup d'effets secondaires possibles) si le médecin considère qu'il n'y a pas d'autre possibilité thérapeutique, mais dont les doses peuvent être considéraablement diminuées en cas de succès d'un régime type Seignalet.

Exemples : DT 2 confirmation des bienfaits de la diète hypotoxique ; Cancer du sein

 Mais pourquoi une telle résistance s'instaure t-elle parfois, malgré l'accumulation d'évidences ? Les formations suivies par les étudiants sont une des explications :

" (...) l'étudiant se fie (...) à ses manuels, jusqu'à ce qu'il commence ses propres recherches, trois ou quatre ans après l'obtention de ses premiers diplômes. Beaucoup de programmes d'études scientifiques ne demandent même pas à leurs étudiants de 2ème cycle de lire des textes qui ne sont pas écrits spécialement pour des étudiants. Les rares programmes qui comportent des lectures d'articles de recherche et de monographies concernent les cours les plus avancés, et, d'une manière ou d'une autre, il s'agit de textes qui prennent la relève des manuels. Jusqu'aux stades vraiment ultimes de la formation d'un homme de science, les manuels sont substitués systématiquement à la littérature scientifique créatrice dont ils dérivent. "

En résumé et dit autrement, rares sont les scientifiques qui sont allés puiser aux sources de leur enseignement, ce qui limite les possibilités de recul sur un apprentissage souvent long, complexe et très riche, ou de remises en causes.

 " (...) les solutions qui satisfont [l'homme de sciences] ne doivent pas être uniquement personnelles ; il faut qu'elles soient acceptées par un groupe nombreux. Ce groupe ne peut cependant pas être tiré au hasard de la société dans son ensemble, c'est plutôt le cercle bien défini des spécialistes ayant la même activité professionnelle. L'une des règles les plus strictes, quoique non écrite, de la vie scientifique est l'interdiction de faire appel, en matière de science, aux chefs d'état ou à la masse du public."

Il y a une divergence entre ce mécanisme, et ce qui se passe pour les sciences médicales. La médecine possède des particularités : exercice quotidien qui se base sur des apports scientifiques, mais de sciences parfois différentes. Avec peu de contacts entre spécialités. Et une exigence maintes fois répétée "Primum non nocere". Ainsi, les scientifiques que je cite le plus souvent ici sont dans un premier temps passé par les filières classiques de recherches et de publications. Mais ont dû, devant la fermeture absolue des mandarins, directeurs de revue, etc., passer par des livres grand public. Pour que l'information, qui correspond en partie à ce précepte de "en premier ne pas nuire", passe. En permettant aux patients de recueillir directement une information leur permettant de diminuer nettement leurs symptômes, de diminuer les posologies de médicaments à effets secondaires avérés, et d'augmenter leur temps de vie en bonne santé.

Une fois un nouveau paradigme installé, ou en cours d'installation, il n'est pas fait table rase du passé : 

" (..) bien que les nouveaux paradigmes possèdent rarement, ou ne possèdent jamais, toutes les possibilités de leur prédécesseur, ils conservent généralement, dans une large mesure, ce que les performances passées avaient de plus concret et permettent toujours la solution de problèmes concrets supplémentaires. "

On peut comprendre que malgré les secousses d'une révolution scientifique, les mesures, techniques, produits les plus efficaces existants auparavant seront encore utilisés. Cela nécessite comme dit plus haut de faire un tri. En sciences médicales, suivre la saga en cours du cholestérol et des anticholestérols  est un bon exemple. Les anti cholestérols ont été considérés comme des avancées majeures en médecine, et relativement récemment, les critiques, très argumentées, ont fusé. Et, avec beaucoup de retard, les recommandations officielles évoluent lentement. Par exemple : http://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-le-retour-en-grace-du-cholesterol-alimentaire-15650.asp?1=1. Ce n'est qu'une mini-révolution dans le domaine du cholestérol, mais les patients pourront être très étonnés que les recommandations officielles ne font plus en 2015 de lien entre alimentation et cholestérol, alors que des scientifiques l'annoncent depuis des années. Dans ce cas, le tri en cours devrait aboutir à une sévère diminution de toutes les recommandations liées au cholestérol, en raison de leur inefficacité.

 A continuer

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Date de dernière mise à jour : 03/03/2015