Régime cétogène pour le DT1 ?

Causes possibles du diabète de type 1

N'hésitez pas à lire ce billet en détail, même si vous n'êtes pas DT1, les méthodes citées concernent potentiellement plusieurs maladies,notamment auto-immunes. N'hésitez pas à commenter ou à poser des questions, c'est un sujet assez "neuf" dans l'histoire médicale.

Les médecins pourraient être intéressés par les résultats des prises en charge citées et commentées. Il n'est pas question ici d'essai randomisé, ni de risque alpha, ou de méthode statistique spécifique, puisqu'un seul sujet est mentionné dans l'étude principalement commentée. Le critère est binaire (nécessité ou non d'un traitement à l'insuline après apparition objective des premiers signes d'un diabète de type 1). Si la méthode utilisée pour le régime cétogène paléolithique induit plusieurs questions, des points communs sont trouvés avec d'autres études soit de prévention du DT1, soit d'arrêt de la progression du DT1.

Deux cas, dont celui-ci, d'arrêt des besoins en apport d'insuline, sur deux cas étudiés (cf. aussi l'étude publiée sur l'arrêt du gluten dans un des liens) ont une puissance démonstrative très forte, puisque ce type d'évènements n'est a priori jamais observé de façon spontanée. Il est urgent que les communautés de chercheurs et de médecins s'emparent de ces questions de façon plus active. 

Les causes, probables ou possibles, du phénomène auto-immunitaire qui aboutit au diabète de type 1, sont mal connues.

Deux publications assez récentes montrent des pistes de recherche très prometteuses, qui sont commentées ici :

Urgences dès le diagnostic

Pollution et DT1

Malheureusement, ces voies semblent mal comprises et très peu investiguées par les équipes de recherche ou médicales spécialisées dans le diabète de type 1. 

 

Diète paléolithique cétogène pour stopper un début de DT11

Une autre étude sur les liens alimentation et déclenchement de DT1 a été publiée récemment, qui montre un arrêt de l'apport d'insuline après le diagnostic de DT1, grâce à un régime paléolithique - cétogène. 

http://www.ijcasereportsandimages.com/archive/2014/010-2014-ijcri/CR-10435-10-2014-clemens/ijcri-1043510201435-toth-full-text.php

J'avoue avoir été, et être toujours, dubitatif, sur les bienfaits du régime cétogène pour le DT1. 

Une des raisons est que ce régime cétogène revient à limiter ou supprimer les sources diverses de glucides, du sucre aux pommes de terre, du riz au pain, des produits laitiers (selon les versions pour ces derniers). Et de majorer les apports soit en gras, soit en protéines. Ce qui génère des corps cétoniques que le corps va utiliser comme source d'énergie, à la place du sucre. Pour un DT1, les corps cétoniques sont justement à éviter, pour limiter le risque de ce qui est appelé une acido-cétose. L'acido cétose peut entraîner un coma, et en cas d'absence d'insuline, le décès.

Dans le détail, les phénomènes ne sont pas les mêmes dans les deux cas :

  • L'acido-cétose du diabétique de type 1 est la suite d'un manque flagrant d'insuline ; le corps ne peut plus utiliser les glucides présents dans le sang (l'insuline est l'hormone qui joue le rôle de "clé" pour permettre le passage du glucose du sang vers les cellules).  Le corps passe alors en mode "secours", en dégradant les graisses présentes dans l'organisme, pour favoriser ce mode énergétique, puisque les cellules ont constamment besoin d'énergie pour fonctionner. C'est une filière physiologique normale, mais dans ce cas précis (DT1 en manque flagrant d'insuline), la filière "graisses" devient trop importante. Les corps cétoniques produits à l'occasion entraînent une acido cétose (= cétoacidose : accumulation de grandes quantités de corps cétoniques dans l'organisme, en conséquence de la glyconéogenèse, c'est à dire la formation de glucides à partir des réserves graisseuses de l'organisme). Une acido-cétose de ce type, peut être très rapide et rapidement grave pour les DT1. C'est ce qui nécessite et justifie une mise sous insuline et une hospitalisation en urgence à la découverte du DT1.
  • Différence entre cétose et acido-cétose, d'après eurekasante.vidal.fr : "lorsque la quantité de corps cétoniques dans le sang est modérée, on parle plutôt de « cétose », car l’acidité sanguine est peu perturbée. L’acidocétose survient quand la concentration de corps cétoniques dans le sang dépasse largement les capacités d’élimination de l’organisme et que le sang devient trop acide."
  • La production de corps cétoniques dans le régime cétogène ne vient pas pallier un défaut d'entrée de glucose dans la cellule, mais vise à ralentir cette dernière filière, pour la remplacer par la filière "graisses". Cela a été essayé pour plusieurs pathologies, et fonctionne, ou fonctionnerait, surtout pour des cas d'épilepsie, et pour plusieurs types de cancers : Cancers, et euros.
  • L'article commenté ci-dessous concerne un homme pour lequel une version modifiée du régime cétogène a été mis en place à la découverte du DT1.

 

Les résultats de l'étude citée paraissent très bons pour le diabétique concerné, Je l'ai lue de façon très détaillée, et je la commente ici, en fonction des informations apportées.  

Note : cette étude a été mentionnée aussi sur le site lanutrition.fr. Je n'ai pas lu ce commentaire, n'étant pas abonné, ni lu à ce jour de commentaires sur d'autres sites. Ceci étant, les informations apportées sur le site lanutrition.fr sont souvent très intéressantes, j'encourage ceux qui sont intéressés et qui en ont la possibilité financière d'accéder à cet article, ou à d'autres sites sur le même thème, pour diversifier les points de vue. 

Les auteurs décrivent le contexte d'apparition du DT1, ce qui est au moins aussi intéressant que la suite de l'article sur le régime cétogène.

"A 19-year-old male complained of increased thirst, polyuria, itchy skin, malaise, and weight loss. The symptoms were present for about two weeks prior to diagnosis. On November 24, 2013 self monitoring of blood glucose showed 384 mg/dL. Previous medical history was unremarkable. Anamnestic data included consuming of muscle boosting protein through a month prior to symptom onset." 

Traduction : "un homme de 19 ans est atteint d'une soif croissante, d'une polyurie (ndb = urines très abondantes), démangeaisons, malaise et perte de poids. Les symptômes étaient présents depuis les deux semaines précédant le diagnostic. Le 24 novembre 2013, un auto-contrôle de glycémie montre une valeur de 384 mg/dl (ndb : soit 3.84 g/l, unité de mesure des appareils utilisés au quotidien par les diabétiques). Les antécédents médicaux n'étaient pas significatifs. Les données de l'anamnèse (ndb = exploration de l'histoire de la maladie et des antécédents médicaux ) incluent la consommation de protéines pour développer les muscles pendant un mois avant l'apparition des symptômes."

"Shortly before diabetes onset our patient consumed muscle boosting protein which contained bovine milk protein. Consumption of cow's milk has repeatedly been shown to increase risk of T1DM. It is suggested that bovine milk protein may promote autoimmune processes giving rise to T1DM. Also in two case reports from literature, where epilepsy was treated with the classical ketogenic diet, which contains large amount of dairy, T1DM developed subsequently. A major difference between the classical ketogenic diet and the paleolithic ketogenic diet is that milk and dairy are excluded in the latter. We suggest that the paleolithic ketogenic diet not only normalize glucose levels but may also halt autoimmune processes mediated by non-paleolithic substances including milk protein."

Traduction : "peu de temps avant l'apparition du diabète le patient a consommé des protéines, dont des protéines de lait de vache, pour "booster" ses muscles. La consommation de lait de vache a été citée à plusieurs reprises comme accroissant le risque de DT1. Il est suggéré que les protéines de lait de vache peuvent déclencher les processus auto-immuns qui aboutissent au DT1. Dans deux cas reportés dans la littérature, pour lesquels l'épilepsie était traitée par la diète cétogène classique, qui contient de grandes quantités de produits laitiers, le DT1 s'est développé en suivant. Une différence majeure entre la diète cétogène classique et la diète cétogène paléolithique est que les produits laitiers sont totalement absents dans la seconde. Nous suggérons que la diète cétogène paléolithique ne normalise pas seulement les niveaux de sucre sanguin, mais stoppe aussi les processus auto-immuns enclenchés par les substances non paléolithiques dont les protéines laitières"

Note : ce passage est aussi une piqûre de rappel sur les risques possibles liés aux compléments alimentaires protéinés. Au delà des capacités antigéniques des protéines de lait animal, il faudrait être en général très prudent avec ces compléments alimentaires protéinés, prisés par de nombreux sportifs, notamment dans les mondes du fitness et de la musculation, et parfois pour des raisons de santé. Voir par exemple : Glutamine : bienfait, ou à fuir ?

Le passage sur les produits laitiers n'est pas l'aspect principal de l'article, mais c'est un de ceux qui méritent le plus d'attention, sur le déclenchement des processus auto-immuns. Quelles sont les données et les théories à ce sujet ? Et quelles sont les conséquences possibles d'un arrêt total des produits laitiers animaux ? Elles ont été abordées à plusieurs reprises dans ce blog, par exemple ici :

Urgences dès le diagnostic

Des reins solides pour 2016

Alimentations qui marchent

Fragilité osseuse, causes et solutions

En bref les protéines de laits animaux, ici de lait de vache, sont soupçonnées d'accroître le risque de déclencher un DT1, chez les personnes prédisposées.

A ce sujet, les résultats d'une large étude internationale devraient être connus en 2017 : http://www.trigr.org/about.html. La méthode (allaitement exclusif - sauf dans des cas particulier - au moins les 6 premiers mois de la vie, et recensement des cas de diabètes de type 1 durant les années suivantes, jusqu'à un âge compris entre 10 et 14 ans selon les enfants) me paraît trop succincte dans le temps - pour l'exclusion des produits laitiers, Mais cela montre l'intérêt de la communauté scientifique à ce sujet, et pourrait engendrer des enseignements.

 

Je reviens à l'article sur la diète cétogène paléolithique :

"His diet consisted of meat, organ meat, fat and eggs. In his diet, red and fat meats dominated over lean meats. He was eating vegetables in insignificant amounts. His diet had a ketogenic ratio (fat : protein + carbohydrate) of at least 2:1. No oil of plant origin or artificial sweeteners were allowed. "

Traduction : Sa diète est composée de viande, d'organes animaux, de graisse et d'oeufs. Les viandes rouges et les viandes grasses dominent par rapport aux viandes maigres. Il mangeait des légumes en quantités insignifiantes. Le "ratio cétogène" (Graisses divisées par (protéines + hydrates de carbone)) est d'au moins 2 sur 1. Aucune huile végétale, ni aucun édulcorant n'étaient autorisés.

Une telle méthode alimentaire ne paraît acceptable que pour une partie limitée de la population, elle est donc peu transposable. Même pour des gens adorant la viande, il peut être difficile de se priver de légumes et des huiles végétales. La non consommation d'huiles végétales est étonnante. Si la plupart sont trop riches en omégas 6, et posent de ce fait des problèmes en termes de risques cardio vasculaires et de cancers (cf. par ex. les publications du Dr de Lorgeril), quelques huiles sortent du lot. L'huile d'Olive en utilisation quotidienne, l'huile de Colza en seconde place. Et de façon plus ponctuelle, l'huile de Noix par exemple. D'ailleurs l'huile d'Olive est une partie intégrante du régime méditerranéen, avec une des plus grandes longévités en bonne santé au monde. 

La surcharge en protéines qui paraît induite par cette méthode paléolithique - cétogène, pose question, notamment pour la santé des reins. Si cette méthode est confirmée, le médecin prend il plus de risque pour les reins du patient avec un apport fort en protéines, ou alors prend il un risque plus fort en augmentant le risque de développer le diabète de type 1 ? Il n'existe pas à ma connaissance de réponse claire ni universelle. Il est urgent que les communautés médicales et de chercheurs s'emparent de ces questions. La personne étudiée ici est un homme jeune qui cherche à booster ses muscles, on peut imaginer une pratique assidue d'une activité physique, et donc une utilisation accrue des protéines par le métabolisme. Et donc une atténuation des risques possibles. Pour d'autres âges, et dans d'autres circonstances de vie, je ne sais pas si le recul est suffisant pour proposer cette diète stricto-sensu. 

Plus petit dénominateur commun pour essayer de stopper un DT1 débutant

Cette étude permet de rechercher le plus petit dénominateur commun avec les autres études citées qui préviennent ou permettent l'arrêt de la progression de la destruction des cellules bêta du pancréas, celles qui produisent l'insuline. L'application de ce plus petit dénominateur pourrait limiter les risques possibles liés à une sur utilisation de protéines. 

Les points communs sont simples :

- arrêt des produits avec du gluten,

- arrêt des produits laitiers.

C'était préconisé par le Dr Seignalet dans les années 90, et les données récentes le confirment en partie, au moins pour une fraction des patients. 

La diminution des apports en glucides est à étudier de prêt également. C'est conseillé, à des degrés divers, dans la plupart des régimes "santé". Dans la diète cétogène c'est très strict, dans d'autres c'est plus léger. Là encore, il convient que la communauté médicale se penche plus activement sur les régimes cétogènes pratiqués de fait par des patients atteints d'épilepsie ou de cancers, et parfois pour d'autres pathologies, ainsi que sur les régimes paléolithiques, pratiqués pour des raisons plus diverses. 

 

La plupart des études scientifiques médicales se terminent par une phrase du type "Il est nécessaire que des recherches complémentaires soient menées sur ce sujet", accompagnée de quelques précisions. On pourrait rajouter ici qu'il y a urgence. 

Conclusion

En attente d'études plus poussées, avec plus de sujets, les deux publications montrant la non nécessité de passer à l'administration externe d'insuline, tout en restaurant les valeurs de glycémie, ce qui peut se mesurer en contrôles spontanés et via l'HbA1C, ont comme point commun l'arrêt du gluten.

L'arrêt des produits laitiers semble ici jouer également un rôle déterminant. Il est urgent que les diabétologues s'emparent de ces résultats, soient moteurs et accompagnent, chaque fois que c'est possible, les diabétiques de type 1 nouveaux diagnostiqués, avec l'appui de la famille pour les enfants, dans ce type d'alimentation sans gluten et sans produits laitiers.

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