Interview de Mme Sénéchal, diététicienne à Amiens

Interview de Mme Séverine Sénéchal, diététicienne : http://www.dieteticienne-amiens.fr/

Bonjour Séverine, je suis heureux de t'accueillir ici. J'ai souhaité que tu interviennes, car ton profil en terme de nutrition et de santé est très riche et peu courant. Et parlera aux lecteurs de ce blog (Accueil)  En quelques mots, tu es diététicienne, et tu sembles maîtriser aussi bien les concepts diététiques classiques, que les apports réels du régime dit méditerranéen à la santé, ou encore que le régime Seignalet, et d'autres approches encore. Tu es impliquée aussi dans un groupe de réflexion sur l'obésité?

Oui tout à fait !

 

Peux tu te présenter brièvement, et expliquer pourquoi tu as développé ces compétences complémentaires?

J’ai 35 ans, j’ai obtenu mon BTS diététique en 2004 et suis installée en libéral à Amiens depuis 2005.

En 2005 j’ai suivi la formation du G.R.O.S. (Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids), qui est une formation aux approches alternatives à la prescription diététique, que j’ai découverte un peu par hasard juste avant de commencer mes études de diététique, en découvrant à la bibliothèque municipale le livre « Maigrir sans régime » du Dr Zermati.

L’approche alternative des régimes m’a intéressée, car à l’âge de 18 ans, j’ai suivi un régime amaigrissant encadré par une médecin endocrinologue au cours duquel j’ai expérimenté différents effets contre-productifs de la restriction alimentaire, sur le plan psychologique et sur le comportement alimentaire.

Concernant la diète méditerranéenne, j’ai découvert les travaux du Dr Michel de Lorgeril et de la diététicienne Patricia Salen sur le site  http://www.lanutrition.fr/, notamment l’étude de Lyon qui a démontré scientifiquement le rôle majeur de l’alimentation dans la prévention des maladies cardio-vasculaires, me permettant de renouer avec la motivation première qui m’a donné envie de m’intéresser à la diététique : prévenir les maladies !

Ensuite ce sont les demandes de patientes qui m’ont amenée à m’intéresser à d’autres sujets :

> une patiente souffrant de polyarthrite rhumatoïde, qui avait mis en place le régime Seignalet depuis quelques semaines, m’a contacté afin que je l’aide à ne manquer de rien… donc j’ai acheté le livre et commencé à étudier le sujet

> et une patiente végétalienne qui m’appelé afin que je l’aide à savoir où trouver assez de protéines, fer, calcium… : en faisant des recherches sur internet, j’ai découvert le rapport de l’Association Américaine de Diététique concernant les alimentations végétariennes, et j’y ai appris beaucoup de choses qui n’avaient pas été évoquées durant mes études !

 

Quels sont en résumé les cas pour lesquels tu privilégies les approches diététiques classiques, et ceux où tu mets en avant ces approches complémentaires ?

Si par « approches diététiques classiques », on entend ce que j’ai appris durant mes études (il y a plus de 10 ans), alors on ne peut pas dire que j’utilise des approches diététiques classiques, l’alimentation et la nutrition étant un domaine où les connaissances sont en constante évolution !  Par exemple, pour les troubles fonctionnels intestinaux, on conseillait une « alimentation de confort intestinal », et désormais il y a l’approche FODMAP qui permet de mieux préciser quels sont les aliments mal digérés par cette patiente – et qui peuvent être différents pour une autre personne souffrant pourtant également d’un syndrome de l’intestin irritable.

D’autre part, au programme de nos études, il n’y avait pas tellement de psychologie, d’étude du comportement, ce qui est pourtant un sujet essentiel pour aider les patients à changer leurs habitudes durablement !

Le type de questions que je pose en consultation, notamment en aidant le/la patiente à préciser ses motivations à changer ses habitudes, et ma façon de transmettre les informations, les connaissances, n’ont rien à voir avec ce que j’ai appris durant mes études.  

 

Tu préconises systématiquement l'alimentation qui te paraît la plus adaptée, ou tu accompagnes plutôt les personnes selon leur demande ? Je te pose cette question, car si de plus en plus de gens sont informés sur les bienfaits d'une vraie alimentation méditerranéenne, ou encore sur le régime Seignalet, je ne sais pas si beaucoup font la démarche spontanée d'aller voir un professionnel. 

L’alimentation qui me semble la plus adaptée évolue au fur et à mesure de la meilleure connaissance de la personne (de ses problématiques de santé, mais aussi ses goûts, les choses auxquelles il/elle est particulièrement attaché.e, ses objectifs de prévention…), donc j’accompagne plutôt le/la patient.e selon sa demande, et lorsqu’il/elle a plusieurs objectifs, on essaie de voir quelle est la priorité par laquelle il/elle souhaite commencer.

Mon approche est généralement de partir des habitudes actuelles du patient pour l’aider à les modifier progressivement, à son rythme.

Concernant les régimes d’éviction (ex : Seignalet), cela dépend si la personne a déjà commencé à mettre en place cette alimentation (dans ce cas, on voit ce qu’il reste encore à améliorer pour le respecter au mieux) ou si elle vient d’abord chercher les informations nécessaires avant de se lancer dans la mise en place du changement de ses habitudes alimentaires.

 

De loin, on peut avoir l'impression que combiner toutes les connaissances en nutrition est très complexe. Par exemple, puisque cela arrive, associer des conseils diététiques classiques en cas d'obésité, à un régime Seignalet pour une maladie (par exemple une Polyarthrite rhumatoïde), du diabète de type 2, et un souhait de végétarisme, ou qui tend vers le végétarisme, est il réalisable selon toi ? je pose cette question, parce que c'est le type de demande que j'ai déjà vue, et qui ne paraît a priori pas évidente.

Il est tout à fait possible de concilier ces différentes choses, mais je ne conseille pas d’essayer de mettre en place tous ces changements en même temps.

Un changement trop brutal (de surcroit s’il est imposé par une personne extérieure) risque d’engendrer beaucoup de stress, ce qui n’aide pas à ressentir au mieux les effets bénéfiques des changements réalisés, et surtout risque de ne pas être maintenu dans la durée… ce qui serait bien dommage !

C’est un peu comme lors de la diversification alimentaire chez le bébé, durant laquelle les nouveaux aliments sont introduits progressivement (l’un après l’autre) : cela permet d’avoir une meilleure idée de l’aliment en cause en cas de réaction d’intolérance.

Pour le mieux-être, je trouve que c’est également intéressant que la personne puisse voir par elle-même la contribution de chaque changement dans l’amélioration de son état.

Et au niveau pratique, c’est aussi plus facilement réalisable de faire les changements pas à pas, ce qu’on appelle parfois « la technique de l’escalier » (il est plus facile d’atteindre le 1er étage en montant une marche après l’autre, plutôt qu’en escaladant un mur d’une hauteur de 2,5 m !)

 

Deux dernières questions. La première, sur ce mythe du cholestérol coupable, qui semble battu en brèche par les données de la science disponibles, ce que mettent en avant des médecins tels que le Dr de Lorgeril au premier plan, ou encore le Dr Winckler. Est ce que tu veux, peux et réussis à faire entendre ce message à des patients dont la préoccupation première serait la normalisation du taux de cholestérol ?

Mon rôle est de donner une information alternative aux idées reçues répandues dans les médias, le grand public et le corps médical, de semer une graine en expliquant que les connaissances scientifiques actuelles disculpent le cholestérol et qu’il existe des approches permettant de réduire les risques de maladies cardio-vasculaires indépendamment de cette focalisation sur le cholestérol.

Après c’est le/la patient.e qui décide s’il/elle souhaite s’approprier cette question de la prévention par le mode de vie et l’alimentation… il lui faut parfois un temps de digestion de ces informations avant de s’y intéresser davantage.

 

Tu as donc un profil riche comme ton expérience professionnelle. As tu des conseils à donner tout à la fois aux patients, médecins et autres soignants qui lisent ces lignes ?

Cultiver sa curiosité, son ouverture d’esprit… sortir des ornières rassurantes de « on a toujours fait comme ça », « si c’était vrai ça se saurait ! » qui nous font tourner en rond, et font surtout les affaires des lobbies qu’ils soient agro-alimentaires ou pharmaceutiques !

Et aussi s’écouter, s’observer, écouter les patients même lorsqu’ils disent des choses qui ne correspondent pas à ce que l’on a appris… sans quoi on ne risque pas de découvrir et de comprendre de nouvelles choses !

C’est par exemple le cas d’une diététicienne qui a appris à ses dépends que contrairement à ce que nous apprenons durant nos études, l’intolérance au lactose ne se manifeste pas uniquement par des troubles digestifs, mais peut aussi entraîner des symptômes bien plus généraux : http://www.dieteticienne-amiens.fr/temoignage-intolerance-alimentaire/

J’ai trouvé cette expérience si intéressante que je lui ai demandé si elle était d’accord pour en témoigner sur mon site, car je pense que cela peut aider d’autres personnes dans le même genre de situation.


Merci beaucoup. Puisque tu cites des témoignages sur ton site, je signale aussi ceux relatifs à ton approche originale, efficace et très déculpabilisante de l'obésité : http://www.dieteticienne-amiens.fr/temoignages/

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