Archéologie vs médecine

Dans ce billet, je fais un détour, vers l'archéologie. Parce que c'est passionnant, que ça concerne notre passé à toutes et à tous. Et aussi parce que ça nous éclaire sur les façons dont fonctionnent les sciences en général, y compris les sciences médicales.

 

Sciences médicales

Sciences nécessaires à l'exercice de la médecine

 

Archéologie

Wikipedia : L'archéologie est une discipline scientifique dont l'objectif est d'étudier l'Homme depuis la Préhistoire jusqu’à l'époque contemporaine à travers sa technique grâce à l'ensemble des vestiges matériels ayant subsisté 

 

Ces disciplines présentent quelques analogies, qui sont importantes à analyser pour comprendre les facteurs d'évolution, et les facteurs de blocages dans la recherche médicale actuellement.

Facteurs de blocages peu rationnels mais puissants, à lever, à contourner, si l'on veut qu'une recherche efficace, rapide, bénéficiant à tous les patients, s'instaure dans ce domaine.

Pourquoi l'archéologie ?

Je ne suis pas connaisseur en archéologie, malgré l'abondance de sites dans les Pyrénées proches (des endroits où on peut essayer – et ne pas réussir ! - de faire du feu comme nos ancêtres, de propulser des lances sur des cibles en carton, etc.), ou de l'émotion qui s'en dégage, je ne livre ici qu'une analyse à partir de lectures et visions attentives de reportages.

Quand après plusieurs mois, puis plusieurs années, j'ai constaté que les bénéfices du régime Seignalet se maintenaient pour moi, et en parallèle l'opposition ferme du monde médical à toute possibilité d'action de l'alimentation sur les causes de mes maladies, malgré les évidences, j'ai cherché à comprendre.

Encore plus quand d'autres personnes dans le même cas que moi, et souvent pour des pathologies beaucoup plus graves, se voyaient signifier les réponses toujours identiques, malgré les évidences « c'est dans votre tête » « si vous allez mieux, tant mieux, mais qui vous dit que ce ne serait pas arrivé sans ce régime? » « C'est grâce au traitement que l'on vous donne, même si vous le prenez depuis des années, il s'est mis à faire effet d'un coup », « et le calcium vous allez le trouver où ? », etc. etc.

J'ai trouvé des pistes, en termes de fonctionnement des sciences, dans le livre de Jean Clottes, en fait deux livres en un : « Les chamanes de la préhistoire » et « Après les chamanes, polémiques et réponses »

Dans le premier livre, co-écrit, il livre une théorie sur l'art pariétal préhistorique dans les cavernes, avec la prédominance de pratiques de type chamaniques, avec un sens assez large. Après de très nombreuses critiques par ses confrères, il co-écrit le deuxième ouvrage, en répondant aux critiques, et en analysant la structure de ces critiques.

Cela voulait dire qu'il avait dérangé beaucoup de tenants de telle ou telle autre théorie, et beaucoup de tenants aussi d'une très grande prudence, qui confinait à la frilosité, ne permettant pas vraiment d'émettre des théories novatrices telles que la sienne.

 

Je passe les détails, mais je trouvais que les critiques envers le régime Seignalet étaient à peu près de même nature que celles adressées à Jean Clottes. Par contre, si j'ai pu vivre la réalité des théories du premier sur ma personne, et plus tard la constater sur beaucoup de personnes, je n'avais aucune compétence pour juger de la validité de la théorie de Jean Clottes, ou de celles de ses détracteurs.

 

J'avais juste noté qu'il paraissait ouvert au débat, et avoir du recul sur le fonctionnement dit scientifique.

Quelques années plus tard, il paraît, lors d'un reportage diffusé sur Arte, en compagnie d'une chercheuse, Mme Chantal Jègues-Wolkiewiez.

Celle-ci a de façon très autonome analysé énormément de sites préhistoriques, dont des cavernes avec une paroi ornée. Pour démontrer que les sites sont en rapport direct avec les connaissances astronomiques des hommes préhistoriques, depuis au moins 35000 ans.

Lire ici : http://www.archeociel.com/, ou là http://archeocielwolkiewiezcom.over-blog.com/, et là : http://histoiredutemps.free.fr/terrestre/famille_hominide/cro.magnon.htm

 

Entres autres, elle a montré que plusieurs cavernes ornées, dans l'obscurité toute l'année, étaient éclairées uniquement quelques minutes par la lumière du soleil lors des solstices ou des équinoxes. Divers signes dans ces grottes ornées sont également en rapport avec des axes de mouvements astronomiques.

 

Ensuite, et cette théorie est beaucoup plus discutée, elle explique que des contours de représentations animales des parois de la Salle des Taureaux de Lascaux se calquaient parfaitement sur les constellations observables à l'œil nu, telles qu'elles étaient dans le ciel à ces époques. Etonnant, comment ces « dessins » d'étoile ont pu être recopiés sur des parois de caverne, dans la bonne position, mais plusieurs dessins semblent le confirmer.

La suite de cette partie-là, confirmation, adaptations, invalidations, réinterprétation, ... sera passionnante à suivre, mais c'est hors du champ de ce blog.

 

L'auteur Michel Onfray, dans son dernier ouvrage « Cosmos », cite avec enthousiasme les recherches de Mme  Mme Chantal Jègues-Wolkiewiez. Pour les relations avec les autres chercheurs, il semble ne voir que l'opposition entre les théories dominantes précédentes sur l'art pariétal, de l'abbé Breuil (sens religieux), de Georges Bataille (érotisme, mort, ...), de Leroi-Gouhan (structures, signes), et de Jean Clottes (chamanisme).

 

Pourtant, ce dernier, qui avait fait l'objet de critiques très virulentes pour sa théorie, a semblé accueillir la théorie de Mme Jègues-Wolkiewiez avec prudence mais intérêt. En d'autres termes, il a laissé cette théorie concurrente à la sienne se développer. Et dans le reportage sur Arte, il restait ouvert à ces explications, lui qui avait conseillé une méthode pour affiner cette théorie : http://www.editions-arqa.com/editions-arqa/spip.php?article2793

 

Cela peut paraître normal, mais c'est très loin de l'être dans le monde scientifique. Dans le domaine des sciences médicales notamment où les blocages entre théories concurrentes sont beaucoup plus virulents.

 

Un point intéressant est que Mme Jègues-Wolkiewiez a un parcours atypique (cf. liens ci-dessus).

 

Elle correspond au profil des personnes pouvant réussir à remettre en cause des paradigmes scientifiques connus, tel que l'avait défini Thomas Kunh1 par dans l'ouvrage « La structure des révolutions scientifiques » : venant d'une autre discipline, avec des interprétations nouvelles des données connues,

Extrait de « Structure des révolutions scientifiques » : « Notons seulement un fait à ce propos : presque toujours, les hommes qui ont réalisé les inventions fondamentales d'un nouveau paradigme étaient soit très jeunes, soit tout nouveaux venu dans la spécialité dont ils ont changé le paradigme 

Cet auteur écrit, au sujet des crises et des apparitions de théories scientifiques que

«  Justement parce qu'elle exige une démolition à grande échelle du paradigme et des changements majeurs dans les problèmes et les techniques de la science normale, l'émergence de nouvelles théories est généralement précédée par une période de grande insécurité pour les scientifiques. L'échec des règles existantes est le prélude de la recherche de nouvelles règles. »

« Cette prolifération de versions différentes d'une théorie est un symptôme de crise très fréquent ».

 

Les discussions qui ont précédé ces travaux (Jean Clottes, Chantal Jègues-Wolkiewiez), bien qu'étalées sur de très longues périodes, et les discussions qui les accompagnent semblent illustrer cette règle. Une révolution scientifique est en cours dans ce domaine. Avec reconstruction des interprétations des faits connus :

 

« Le passage d'un paradigme en état de crise à un nouveau paradigme d'où puisse naître une nouvelle tradition de science normale est loin d'être un processus cumulatif ; réalisable à partir de variantes ou d'extensions de l'ancien paradigme. C'est plutôt une reconstruction de tout un secteur sur de nouveaux fondements, reconstruction qui change certaines des généralisations théoriques les plus élémentaires de ce secteur et aussi nombre des méthodes et applications paradigmatiques. »

« On manipule les mêmes faits qu'auparavant mais en les plaçant l'un par rapport à l'autre dans un système de relations qui est nouveau parce qu'on leur a donné un cadre différent ».

 

Quelques années plus tard, lors d'un autre reportage toujours sur Arte, on voit Jean Clottes, toujours, accueillir d'autres chercheurs et un groupe de Sans, tribu de chasseurs cueilleurs d'Afrique (parfois appelés bushmen), dont des membres sont connus pour leurs immenses talents de pisteurs. http://www.arte.tv/guide/fr/048055-000/des-pisteurs-sur-les-traces-du-passe. Ce reportage n'est plus visible actuellement.

Sur place, très rapidement, les sans « lisent » les traces humaines (traces de pas surtout) préhistoriques conservées, et indiquent quels types de personnes les ont produite, leur nombre, leur sexe, leur âge approximatif. Ce qui remet en cause, en quelques minutes parfois, et de façon très précise, des années et des années, voire des décennies, d'interprétations diverses.

 

 

1Pour les plus motivés par cet auteur et ce qu'il a décrit sur le fonctionnement des sciences, et les parallèles avec les sciences médicales : http://www.revolutions-scientifiques-et-diabetes.com/pages/revolutions-scientifiques.html

Conclusion de cette parenthèse archéologique ?

Un scientifique très bien placé, qui lui-même a participé à l'édification d'une théorie très controversée, permet l'émergence de théories concurrentes à la sienne, ainsi que d'interprétations nouvelles de données qu'il pouvait considérer comme acquises depuis longtemps.

Il semble s'inscrire dans un processus déjà décrit pour de multiples disciplines scientifiques, dans le livre « la structure des révolutions scientifiques ». Et il semble surtout permettre et favoriser ces évolutions.

Dans le domaine des sciences médicales, le blocage est beaucoup plus net. Les théories nouvelles, y compris quand elles sont appuyées par de multiples données conformes à la théorie, ne passent que peu ou pas la barrière de « l'acceptable » selon les paradigmes en place.

Changements nombreux … bloqués en médecine

Le processus de révolutions scientifiques reconnaissable dans le domaine médical, subit un long blocage.

Les institutions et paradigmes en place sont particulièrement efficaces de ce point de vue. Un défaut de culture scientifique globale en est peut être une des causes.

Un des signes de ces « révolutions scientifiques » (L'échec des règles existantes) est présent depuis longtemps : la remise en cause de la validité des méthodes sur lesquelles se basent les théories, et donc plusieurs types de médication utilisées de nos jours.

C'est loin d'être anodin, par exemple dans le domaine de la santé cardio-vasculaire. La médication est surtout basée sur des travaux datant d'avant les années 2000. Périodes où le niveau de crédibilité scientifique était … peu élevé. Un exemple ? Cette parution d'août 2015.

 http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0132382
C’est en anglais, et je n’ai pas tout lu ni tout traduit, mais ça dit simplement qu’avant 2000, les essais cliniques pour les maladies cardio-vasculaires montraient 57 % de « bénéfice significatif », et après 2000 (changement de règles pour la méthodologie de ces essais, devenue plus stricte), plus que … 8 %.

Exemple de la théorie du Cholestérol

A titre d'exemple dans ce monde médicamenteux un peu trouble, la ligne de défense de la théorie du cholestérol, après des remises en cause très argumentées.de l'implication du cholestérol dans la mortalité (en France, surtout de Lorgerie, puis Even, d'autres chercheurs dans le monde).

L'exemple le plus repris, et cité en cabinet oralement par plusieurs médecins, a été celui du Dr Danchin, qui a prédit une catastrophe sanitaire si les personnes arrêtaient leurs statines : par exemple sur ce site http://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/3800-Controverse-sur-les-statines-1150-deces-potentiels

 « Plus de 1150 morts et 5000 infarctus sur un an. Ce sont les estimations alarmantes auxquelles sont arrivés cinq cardiologues parisiens qui ont tenté d’évaluer l’impact du livre du Pr Philippe Even, « La vérité sur le cholestérol », 

« Les cinq spécialistes ont donc voulu connaître l’impact de ces propos sur leurs patients suivis en cardiologie à l’hôpital européen Georges Pompidou (HEGP), à l’hôpital Necker à Paris et dans un cabinet libéral. Au cours de leurs consultations, quelques semaines après la polémique, ils ont questionné 37 malades traités en prévention primaire par statines, et 105 patients en prévention secondaire, c’est-à-dire après avoir eu un problème cardiaque, pour l’essentiel un infarctus. Résultats : 24 % des personnes en prévention primaire ont indiqué avoir l’intention d’arrêter leur traitement, et 8 % en prévention secondaire. » 

«  Il semble que les patients des catégories socioprofessionnelles les plus élevées étaient les plus à risque  (note : d'arrêter leur traitement)» 

« A partir des questionnaires de ces 142 patients traités par statines, les chercheurs ont ensuite extrapolé ces résultats à la population française globale. Ils ont ainsi pu calculer le nombre attendu d’événements cardiovasculaires en se servant des données d’une grande analyse publiée dans le British Medical Journal (BMJ) en 2009 compilant les résultats de plusieurs études sur les effets des traitements du cholestérol »

« Le Pr Jean-Luc Harrousseau, président de la HAS, répond d’ailleurs à Philippe Even quant à l’efficacité des statines. Selon lui, cette classe thérapeutique a déjà prouvé son efficacité dans plusieurs études, notamment dans celle menée en 2010 par la HAS conjointement avec l’Assurance maladie sur l’intérêt médico-économique des statines ».

En résumé : ce groupe de chercheurs conteste les remises en causes, et  extrapole de façon très … légère, à partir de la déclaration d'une poignée de patients, et surtout sans jamais mesurer réellement l'impact de l'arrêt réel des statines. Alors qu'il y a légion de personnes qui ont arrêté les statines à cause de leurs effets secondaires. Ils obtiennent plus de 1000 décès. Très hypothétiques.

En outre, les essais cliniques utilisés pour l'argumentation semblent avoir été très sélectionnés par ces auteurs. En plus clair, les essais n'allant pas dans ce sens ont été oubliés.

Comme sont très largement minimisés les effets secondaires.

Que des chercheurs très impliqués dans un domaine défendent leur pré-carré, même de façon peu crédible, est logique, bien qu'inquiétant dans le domaine médical.

Par contre, le fait que des personnes avec une formation scientifique, médecins ou journalistes spécialisés, aient pu reprendre ces arguments est incroyable. Ce sont des données très hypothétiques, issues d'études dont les conclusions sont contestées, et d'un calcul très approximatif sur la base de données non avérées.

Qui dit vrai ? Lire sur le net l'ensemble des témoignages sur les méfaits des anticholestérols, et sur la récupération physique et mentale qui suit leur arrêt, est édifiant.

Tout comme l'évolution très progressive de la prise en compte des effets secondaires des traitements anticholestérols : http://www.revolutions-scientifiques-et-diabetes.com/pages/diabetes-provoques-par-les-statines.html.

Cela montre, entres autres, que beaucoup de leviers de commande, vue la force de frappe médiatique de ce type d'arguments, sont tenus entre quelques mains. Et ces arguments sont suivis par des personnes avec une déficience de formation scientifique, dont la capacité d'analyse critique.

Pourquoi insister sur cet exemple ? Un médicament dont les données connues montrent de plus en plus l'inefficacité, la dangerosité, comme toutes les tentatives de faire baisser le cholestérol par d'autres médicaments ou moyens alimentaires, est prescrit à très hautes doses, à des millions de personnes chaque année.

Le coût de l'ensemble de ces traitements anticholestérol est faramineux, et supporté par la collectivité. Ce qui serait une très bonne chose en cas de bénéfice, même partiel. Ce n'est pas le cas.

Des quantités énormes d'énergie grise (la réflexion des chercheurs et des praticiens), de temps de consultation, de temps et de moyens d'analyse biologique, d'espace de parution dans les revues médicales scientifiques, de moyens pour lutter contre les effets secondaires de ces molécules, sont gaspillées pour un résultat nul, voire négatif.

Regarder le fonctionnement d'autres sciences, les facteurs d'évolution, de remise en cause, pourrait être bénéfique aux acteurs de la santé pour modifier ces blocages.

Vous êtes dubitatifs sur la réalité de ce blocage médical ? Interrogez les personnes autour de vous qui prennent des anticholestérols sur les effets secondaires et ce qu'en dit leur médecin. Ou regardez par exemple les commentaires, en fin du lien qui suit, de médecins face à cette polémique.

http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2013/03/14/statines-le-dr-de-lorgeril-relance-la-polemique_662396

Dans la majorité des 18 commentaires, au moment ou je l'ai lu, de la lassitude, des interrogations, des doutes, mais un seul exprime très clairement la nécessité de relire les études elles-mêmes, celles sur lesquelles d'autres spécialistes se basent pour justifier les anti-cholestérols. C'est à dire que la majorité des praticiens, y compris spécialisés, s'abandonnent aux recommandations de groupes très restreints, sur la base d'études très douteuses.

Un changement, une ouverture, sont plus que nécessaires. Les évolutions scientifiques vues ailleurs, c'est à dire l'ouverture à des théories concurrentes, telle que la symbolise Jean Clottes en archéologie, sont nécessaires.

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